25 janvier 1799 : l’Ouest tremble
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La Brestoise Caroline Kaub compare des séismes actuels et anciens.
Il est 4 h du matin, le 6 pluviôse de l’an VII de la République. En Vendée, les habitants du Marais breton sont réveillés par une forte secousse. Ce 25 janvier 1799, des maisons se lézardent, certaines s’écroulent, des digues se rompent. Des vagues fortes secouent les bateaux de la baie de Bourgneuf, dans l’estuaire de la Loire et à Belle-Île. « Ressenti jusqu’à Brest, Bordeaux et Orléans, ce séisme est, de mémoire d’homme, le plus fort que l’Ouest ait subi, explique Caroline Kaub. À Brest, au Laboratoire géosciences océan de l’Université de Bretagne occidentale, la géologue vient de soutenir sa thèse sur la sismicité dans le Marais breton.
L’idée de ces recherches est née près de Challans, en Vendée. En 2011 et 2012, le géologue Laurent Geoffroy, son futur directeur de thèse, y enregistre de petits tremblements de terre. Comment expliquer ces séismes d’aujourd’hui, dans une zone éloignée des limites des plaques tectoniques, où se concentre l’activité sismique ? « La Vendée est traversé e par des failles héritées du temps où des montagnes dominaient l’Ouest, il y a 360 millions d’années », poursuit Caroline Kaub.
Une faille de 60 km
Et si les miniséismes actuels et celui de 1799 étaient liés à l’activité potentielle d’une même faille dite “de Machecoul” ? Pour le savoir, la chercheuse étudie la morphologie de cette faille de 60 km. Sa longueur est compatible avec le séisme de 1799. Elle mène l’enquête sur le terrain en déployant un réseau de dix sismomètres. Résultat : en 22 mois, une soixantaine d’événements de faible magnitude sont enregistrés. « Leurs mouvements sont cohérents avec l’extension actuelle du Massif Armoricain. Les failles comme celle de Machecoul pourraient être actives ! » Comme estimé pour le tremblement de terre de 1799, le foyer de certains séismes d’aujourd’hui est localisé à 20 km de profondeur. Cette profondeur est supérieure à celles des séismes du reste du Massif Armoricain, entre 13 et 15 km(1).
Dégâts importants
Lorsque les ondes sismiques traversent un terrain gorgé d’eau, comme le Marais breton, elles sont amplifiées(2). Cet “effet de site” peut causer des dégâts plus importants que les ondes de même intensité qui traversent un socle granitique, comme en Bretagne. « Pas d’alarmisme pour autant, rassure la chercheuse. Ce type de séisme intraplaque n’a pas forcément un cycle régulier. Il pourrait “relâcher” en une seule fois toutes les contraintes lentement accumulées. » Le séisme du 18e siècle pourrait donc ne pas se répéter.
Deux séismes en Bretagne, début 2019
La terre vient de trembler deux fois dans la région. Ces microséismes ont été ressentis, mais n’ont pas fait de dégâts. Le dernier (magnitude 3, épicentre à 13 km de profondeur) a été enregistré(3) le 20 mars à minuit vingt, au sud de la presqu’île de Crozon (Finistère).
Le précédent événement a eu lieu le 27 février à 6h59 près de Callac (Côtes-d’Armor). Sa magnitude était de 2,8 et sa profondeur de 6 km. Jacques Déverchère, professeur de géologie à l’Université de Bretagne occidentale à Brest, donnera le 24 avril une conférence à l’Espace des sciences à Morlaix sur les séismes en Bretagne.
(1) Ce phénomène explique, en partie, le classement de la Vendée en zone à risque sismique modéré. Pour en savoir plus : www.georisques. gouv.fr/articles/zonage-sismique-de-la-france.
(2) D’après les recherches de Calais, E. et al. (Geophysical Research Letters, 2016).
(3) Par le Réseau national de surveillance sismique.
Caroline Kaub, tél. 02 98 49 87 37, caroline.kaub@univ-brest.fr
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