Des chercheurs aux côtés des vignerons

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N° 371 - Publié le 2 avril 2019
Hervé Quénol
Le vignoble de Marlborough en Nouvelle- Zélande (île du sud). Cette grande région viticole produit notamment du sauvignon blanc. En arrêtant les vents marins, une chaîne de montagnes, à l’arrière-plan, génère un climat favorable pour la viticulture.

Chaque vignoble doit s’adapter au changement.

« Quand un viticulteur plante des vignes, c’est pour 30 ans minimum. Il ne doit pas se tromper ! » Hervé Quénol est géographe-climatologue CNRS(1) au laboratoire LETG(2) à Rennes. Pour la bonne maturation du raisin, des conditions climatiques spécifiques sont nécessaires. Mais avec le dérèglement du climat, la profession viticole s’interroge. Les périodes de sécheresse seront-elles plus nombreuses ? Faudra-t-il changer de cépage ?

Pour y répondre, Hervé Quénol développe des scénarios d’adaptation de la viticulture au réchauffement climatique. Il coordonne le projet VinAdapt, qui réunit sept laboratoires en France et en Nouvelle-Zélande(3). Cette collaboration scientifique d’une durée de cinq ans a été initiée par le CNRS en janvier. Les recherches lancées en 2010 se poursuivent entre les universités de Rennes et Canterbury.

Capteurs dans le vignoble

Pour prévoir le climat de 2050, les chercheurs se basent sur les modèles régionaux du Giec(4). Mais cela ne suffit pas. Dans chaque vignoble, il existe une variabilité climatique locale, qui n’est pas incluse dans ces modèles. Il peut y avoir une différence de plusieurs degrés entre un bas et un haut de coteau(5). « Nous cherchons à repérer ces paramètres pour les inclure dans des modèles très fins, à l’échelle d’une exploitation. La résolution est de quelques dizaines de mètres. » Des capteurs sont installés dans les vignobles pour récupérer des données (température, pression, ensoleillement) pendant plusieurs années. Elles complètent celles du Giec.

Cette précision permet de proposer des méthodes d’adaptation raisonnées, plus efficaces que celles qui découlent des modèles standards. « Au lieu de dire à un vigneron qu’en 2100 il devra changer de cépage parce qu’il fera trop chaud, nous lui proposons des solutions adaptées aux caractéristiques locales de son vignoble. »

Vins plus alcoolisés

Dans le sud de la France, l’augmentation des températures produit déjà des vins plus alcoolisés. Au printemps, les viticulteurs craignent une reprise de la croissance de la vigne plus précoce. Si les bourgeons s’ouvrent fin mars plutôt que mi-avril, ils risquent d’être abîmés par le gel.

Ces dernières décennies, l’augmentation de la température a aussi eu un impact positif sur des vignobles français (bourgogne, bordelais) et néo-zélandais. « Dans certains cas, il a permis d’obtenir de meilleurs millésimes, grâce à une maturité optimale des raisins. » Jusqu’à présent trop froides, de nouvelles régions viticoles font même leur apparition dans le nord de la France. Des vignerons opportunistes ont ainsi investi en Bretagne. « Un pari audacieux, note Hervé Quénol, car l’association chaleur-humidité est mauvaise pour les vignes. » Et pour l’instant, il n’y a aucun signe de disparition du crachin breton.

Morgane Guillet

(1) Centre national de la recherche scientifique.
(2) Littoral, environnement, géomatique, télédétection.
(3) Ce Laboratoire international associé (LIA) “sans murs” est composé de trois partenaires français (LETG à Rennes, Biogéosciences du CNRS à Dijon, EGFV de l’Inra à Bordeaux) et quatre partenaires néozélandais (University of Canterbury, Lincoln University, Plant & food Research Blenheim, New Zealand Winegrowers Research Centre).
(4) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
(5) Un coteau est un espace en pente situé généralement sur les flancs d’une petite colline ou en rebord d’un plateau.

Hervé Quénol, tél. 02 99 14 20 90,
herve.quenol@univ-rennes2.fr

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