Les trésors du Mor braz

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N° 382 - Publié le 8 septembre 2020
Erwan Amice
Près de Belle-Île, sous 10 m d’eau, un plongeur du CNRS prélève du maërl. Cette algue calcaire sert d’habitat pour plusieurs espèces animales. L’échantillon prélevé montre l’étagement naturel de l’algue : maërl coloré en surface et sédiment à la base.

À Plouharnel, une exposition photo du plongeur scientifique Erwan Amice révèle la richesse des fonds marins du Morbihan.

« L’océanographie présentée en Bretagne est très souvent brestoise » , constate Erwan Amice, photographe sous-marin et plongeur scientifique pour le CNRS1 à Brest. Le Mor braz, Grande mer en breton, est une vaste baie délimitée par Quiberon, Hoëdic, Le Croisic et le golfe du Morbihan2. Pour le plongeur, étudier cette mer est aussi intéressant que plonger dans les eaux brestoises. Les courants y sont puissants, notamment à la sortie du golfe, et permettent un apport nutritif continu et un important brassage de l’eau. « C’est souvent gage d’une faune fixée3 », note le photographe. Des bureaux d’études et de grands organismes de recherche analysent ici les sons sous-marins, les coquilles Saint-Jacques et certaines algues appelées maërl. Erwan Amice illustre ces trois thèmes à travers une exposition photo : « On parle rarement du Mor braz, où de très nombreuses études sont réalisées en sciences de la mer. La particularité de ce territoire est la présence de quasiment toute la faune marine bretonne dans très peu
d’eau4 ! »

 

Le maërl, une oasis de vie

Pendant l’hiver, lorsque l’eau à 9 °C n’est pas chargée en algues, des scientifiques évaluent l’état de santé des bancs de maërl du Mor braz. Aussi appelé “corail breton”, le maërl est une algue calcaire rouge, qui forme de grandes étendues sous-marines. « Cette richesse est peu connue par les plongeurs du coin, remarque le photographe. Il faut avoir l’âme naturaliste pour l’observer longuement. » Ce paysage d’apparence monotone est pourtant une oasis de vie, où les jeunes poissons5, les vers marins et les mollusques se développent à l’abri des prédateurs. Dans un mètre carré, il y a plus d’espèces sur un banc de maërl vivant que sur un récif corallien !

Bien camouflée dans cet environnement fragile6, la coquille Saint-Jacques forme une strie sur sa coquille pour chaque année qui s’écoule. Entre ces marques annuelles, se trouvent des microscopiques stries quotidiennes. Celles-ci témoignent des paramètres physico-chimiques du milieu, le jour de leur formation. Les scientifiques du bureau d’études TBM Environnement, basé à Auray, les inspectent pour estimer la présence, ou non, de certains polluants en mer.

Sous la mer, une symphonie

Depuis plusieurs années, des chercheurs étudient aussi la richesse des sons produits par les animaux sous l’eau, afin de connaître l’état de santé de l'écosystème. « Nous examinons si ce mélange de sons s'appauvrit ou s’enrichit au cours du temps », commente le plongeur scientifique. Le laboratoire international BeBest, basé à Rimouski (Québec) et à Brest, mène des expériences dans le Mor braz. À l’aide d’hydrophones, les scientifiques enregistrent le son des animaux vivant sur le fond, le “benthos”, qui regroupe certains crustacés et mollusques. Et ils ont observé dans cette symphonie une vraie activité nocturne ! Pas besoin de traverser le globe pour découvrir des curiosités marines…

Une exposition grand format

Le festival “Escales photos”, organisé dans la baie de Quiberon, a une devise : les marins, le territoire et ses atouts. Chaque année, le photographe et iconographe Xavier Dubois déniche les thématiques des expositions : « Les sujets doivent représenter la réalité du territoire de la baie de Quiberon. Le festival a déjà abordé l’adolescence, la nature, le ciel et la pêche. Mais c’est le premier thème à caractère scientifique », commente-t-il.
Pour la 8e édition du festival, l'une des expositions présentées est celle du photographe sous-marin Erwan Amice. Il dévoile une série de photos grand format sur les études scientifiques réalisées dans le Mor braz.

Intitulée Skiant ar mor (Sciences de la mer, en breton), cette exposition se déroule jusqu’au 31 octobre 2020 en plein air, dans les rues de Plouharnel. Elle s’articule autour de trois thèmes : la coquille Saint-Jacques, les sons produits par la faune marine et le maërl, une algue qui ressemble à du corail. Erwan Amice, originaire de Belle-Île et plongeur scientifique, baigne depuis plusieurs années dans le milieu des sciences marines !

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Au laboratoire des sciences de l’environnement marin (Lemar).
2. Petite mer, en breton.
3. Animaux qui vivent sur un support.
4. La profondeur moyenne est de 15 à 20 m.
5. Dont des espèces à fort intérêt commercial, comme les bars et les dorades.
6. Les bancs de maërl sont détruits par la pêche à la drague.

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