Le guano des oiseaux fertilise le corail
Actualité
À des centaines de kilomètres des côtes néo-calédoniennes, les déjections des oiseaux marins alimentent les récifs coralliens.
«Tout a commencé en 2017, lorsque nous avons découvert une relation originale entre les oiseaux marins et les coraux de l’île Surprise, au large de la Nouvelle-Calédonie », raconte Anne Lorrain, écologue marin et directrice de recherche IRD1 au Lemar2 à Brest. Surprise héberge régulièrement plus de 35 000 oiseaux d’espèces différentes qui se reposent ou nidifient à l’abri des humains. Leurs déjections, formant le guano, s’infiltrent dans le sol et s’accumulent dans la lentille d’eau douce sous l’îlot. « Celle-ci revient progressivement à la mer par percolation3 et apporte des nutriments, dont de l’azote, qui sont assimilés par les coraux. C’est un lien étonnant entre un invertébré en bas de la chaîne alimentaire et un prédateur supérieur », s’enthousiasme la chercheuse.
Les fientes d’oiseaux constituent un véritable engrais marin pour les eaux tropicales, habituellement pauvres en nutriments. Des scientifiques4 qui participent avec Anne Lorrain au projet Guanaco5, viennent de démontrer que l’azote présent dans le guano booste la croissance du corail. Celui-ci stimule particulièrement le métabolisme photosynthétique des zooxanthelles, des microalgues qui vivent en symbiose avec les coraux et leur fournissent de l’énergie. « Enfin, le guano influence le mode de nutrition du corail et favorise l’autotrophie. » C’est-à-dire sa capacité à produire de la matière organique à partir d’éléments minéraux inorganiques, comme l’azote6.
Un effet positif
Bien qu’attendues, ces découvertes restent surprenantes. En effet, un apport excessif en éléments nutritifs, souvent observé près des côtes urbanisées, peut être néfaste pour les coraux. Mais à Surprise, l’apport en azote provenant du guano semble plutôt avoir un effet positif sur leur santé. « L’îlot est relativement isolé et il n’y a pas de composés issus d’activités humaines, comme les métaux, qui pourraient s’accumuler, précise l’écologue. C’est un laboratoire à ciel ouvert ! » De 1890 à 1930, l’atoll de Surprise a été habité par l’Homme afin d’exploiter le guano utilisé comme source de phosphates dans l’agriculture. Cette occupation a notamment introduit des rongeurs, comme les rats, se nourrissant d’œufs et de poussins. Ces deux nouveaux habitants ont profondément déstabilisé les populations d’oiseaux marins. L’îlot est depuis déserté et a été entièrement dératisé en 2005.
Jusque dans les années 1970
Les scientifiques du projet Guanaco tentent de déterminer l’état de santé des récifs lorsque les rats étaient présents et les oiseaux moins abondants. Ils s’aident notamment de prélèvements de corail qui donnent des indices sur la condition des coraux jusque dans les années 1970. Cette recherche permettra de mieux comprendre la contribution des oiseaux marins au fonctionnement des écosystèmes récifaux.
1. Institut de recherche pour le développement.
2. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.
3. Passage d’un fluide à travers un milieu plus ou moins perméable.
4. Martin Thibault, Nicolas Duprey (post-doctorants) et Noémie Choisnard (étudiante en Master).
5. Impliquant le Lemar, l’unité de recherche Entropie à Nouméa et l’Institut Max Planck de chimie à Mayence (Allemagne).
6. Il peut aussi produire de l’énergie en consommant du zooplancton.
Anne Lorrain
anne.lorrain@ird.fr
TOUTES LES ACTUALITÉS
du magazine Sciences Ouest