« Les vaccins ne modifient pas notre génome »

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N° 387 - Publié le 25 mars 2021
LAURENT GUIZARD

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Les nouveaux vaccins à ARN contre le Covid-19 suscitent de nombreuses questions. L’infectiologue Matthieu Revest au CHU de Rennes y répond.

Comment fonctionnent ces vaccins ?

Pour lutter contre le Covid-19, la France a débuté sa campagne de vaccination le 26 décembre dernier avec les vaccins Moderna et Pfizer BioNTech. Leur particularité est qu’ils préparent le système immunitaire d’un individu par l’inoculation d’une partie du virus (l’ARN), et non son ensemble sous forme atténuée1. Cet ARN pénètre nos cellules humaines, mais n’entre pas en contact avec leur noyau. Il ne risque donc pas de modifier notre génome. Une fois à l’intérieur de nos cellules, l’ARN est traduit2 par notre machinerie cellulaire en protéines appelées “S”. Ce sont elles qui permettent au coronavirus de s’introduire dans nos cellules. L’ARN se désagrège3 et la synthèse de cette protéine S déclenche la réaction immunitaire. L’organisme produit alors des anticorps capables de repérer cette protéine et de s’y fixer. En cas de contact avec le coronavirus, le corps peut repérer l’intrus et se défendre. Il produira des cellules du système immunitaire, appelées macrophages, qui détruiront le virus.

Sont-ils efficaces ?

Comme pour tout médicament, nous analysons la balance bénéfices-risques avant la mise sur le marché4. Les essais cliniques des vaccins Pfizer et Moderna, réalisés sur plus de 30 000 personnes à chaque fois, ont montré qu’ils sont efficaces respectivement à 94,1 et 95 %. Ce qui est très positif face à une maladie qui a déjà causé la mort de plusieurs millions de personnes. Au 20 mars, plus de 8 % des Français ont reçu au moins une dose, dont plus de 300 000 en Bretagne. Certaines personnes ont de la fièvre dans les 24 heures qui suivent l’injection, mais c’est tout à fait bénin.

Quelles sont leurs limites ?

Les vaccins à ARN ont été synthétisés en moins d’un an, ce qui est remarquable ! Leur conservation à basse température5 reste tout de même une contrainte. Nous ne connaissons pas encore la durée précise de l’immunité, mais le vaccin devrait être efficace au moins plusieurs mois, le temps d’éradiquer la maladie. Des études sont en cours pour savoir si une personne vaccinée peut transmettre ou non le virus à quelqu’un d’autre.

Un virus se reproduit beaucoup, ce qui entraîne l’apparition de mutations spontanées. D’où l’émergence de variants dits brésilien, sud-africain et britannique. Bien que plus contagieux, ils ne semblent pas plus dangereux6. Les vaccins actuels sont a priori efficaces contre le variant britannique, mais possiblement moins contre les deux autres. Les vaccins à ARN sont rapides à synthétiser, ce qui permettrait de créer sans tarder de nouvelles doses adaptées aux va-riants. Moderna et Pfizer ont lancé fin février des essais cliniques pour étudier l’efficacité d’une troisième dose contre ces variants. Quoiqu’il en soit, la vaccination nous protègera… et le plus vite sera le mieux7.

MARIE HILARY

1. Comme c’est le cas pour la rougeole.
2. La traduction est un processus permettant la synthèse d’une protéine à partir d’un ARN messager.
3. L’ARN messager est très instable et se dégrade rapidement.
4. Lire aussi p. 26.
5. À -80 °C pour le vaccin Pfizer et -20 °C pour Moderna. Quant à AstraZeneca (vaccin à base d’adénovirus), il peut se conserver entre 2 et 8 °C.
6. Le variant breton est actuellement étudié pour évaluer ses caractéristiques.
7. L’immunité collective devrait être atteinte si 60 % de la population est immunisée.

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