À Brest, les habitats marins font peau neuve

Grand angle

N° 388 - Publié le 29 avril 2021
ALAIN PIBOT
Ces casiers conchylicoles ont été retirés du banc de maërl du Poulmic. Amoncelés ici sur le pont du navire de travaux en mer le Minibex, ils ont ensuite été débarqués et pris en charge pour recyclage.

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Indispensables pour la faune et la flore, les écosystèmes de la rade sont restaurés dans le cadre du projet Life Marha.

Aux quatre coins du Finistère, les acteurs locaux et les scientifiques s’activent à préserver les bancs de maërl, les herbiers de zostères ou encore les champs de blocs1. Autrefois négligés et souillés, ces habitats sensibles sont aujourd’hui choyés par les actions de restauration menées dans le cadre de Life Marha2. Ce projet part du constat qu’il est compliqué de fédérer autour de la préservation des sites marins Natura 2000. « Le but de Natura 2000 est en grande partie de réunir les acteurs locaux pour qu’ils œuvrent ensemble dans la protection de la biodiversité. Mais sous la mer, les effets sont moins visibles et il est difficile pour les non-plongeurs de prendre conscience de la détérioration ou de la beauté des paysages », raconte Agathe Larzillière, chargée de mission biodiversité au Parc naturel régional d’Armorique (PNRA).

ALAIN PIBOT - Le maërl boule est une algue rouge calcaire qui est retrouvée seulement en rade de Brest et en baie de Galway en Irlande.



Renforcer la connaissance

Outre mobiliser localement des protagonistes en faveur des aires marines protégées, Life Marha aspire à renforcer la connaissance scientifique des habitats marins. « Nous manquons en effet de protocole et de données scientifiques pour affirmer l’état de conservation des habitats. Qui connaît protège, et si nous ne connaissons pas ces biotopes nous ne pouvons pas les préserver. Nous sommes en mode exploration », souligne la chargée de mission.

L’hiver dernier, des projets d’ampleur ont été menés sur le maërl présent en rade de Brest. Aussi appelé corail breton, le maërl est une algue rouge calcaire qui offre un repaire à une multitude d’organismes3, comme les larves de pétoncle ou de Saint-Jacques. « Son état de santé dans la rade est très disparate… La photo-interprétation4 est une façon simple et rapide pour identifier où se trouvent ces différences. Mais elle reste expérimentale. Des chercheurs du Lemar5 à Brest analyseront bientôt 900 photos afin de créer une méthodologie pour caractériser l’état de conservation des bancs de maërl », décrit Nazaré Das Neves Bicho, chargée de mission biodiversité et du projet Life Marha au PNRA. Dans l’anse du Poulmic, au sein de la rade de Brest, le maërl est en très bon état avec tout particulièrement une espèce quasi unique au monde6 : le maërl boule (Lithophyllum fasciculatum).

Six tonnes de débris

À Poulmic, la vie frétille au sein de ce dédale coloré et le lieu est très propice au captage des huîtres plates. De nombreuses concessions pour l’exploitation des cultures marines, conscientes de l’endroit exceptionnel, y ont élu domicile. Mais lors des tempêtes hivernales certaines structures conchylicoles7 sont délaissées et gisent au fond de l’eau sur les bancs de maërl. « Ces déchets sont imposants et, en créant des zones d’ombre, ils limitent la pénétration de la lumière jusqu’au fond… Cela prive le maërl de sa principale source d’énergie pour la photosynthèse », explique Nazaré Das Neves Bicho. En mars dernier, une opération d’envergure a permis de retirer près de six tonnes de débris conchylicoles abandonnés. Un bateau, le Minibex, a même été affrété pour l’occasion. L’équipage à bord et les scaphandriers sont arrivés sur site un dimanche soir et sont repartis à la même heure le mercredi suivant ! « Ils ont été submergés par les déchets… Nous espérons avant tout que ce grand nettoyage servira de référence pour d’autres projets de restauration des bancs de maërl. »

PAULE-ÉMILIE RUY

1. Étendue de blocs rocheux découverts à marée basse lors des grands coefficients.
2. Life pour le fond européen et Marha de l’anglais marine habitat. L’Office français de la biodiversité coordonne le projet à l’échelle nationale.
3. Lire aussi « Trésors du Mor Braz », Sciences Ouest n°382, juil-sept 2020.
4. Étude de photographies afin d’identifier des caractères particuliers et de juger de leur importance.
5. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.
6. Retrouvée seulement dans l’anse de Poulmic et en baie de Galway en Irlande.
7. Utilisées pour l’élevage des coquillages comestibles.

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