Quand les faits se cachent dans les traces de sang

Acte criminel : les scientifiques mènent l'enquête

N° 404 - Publié le 29 novembre 2022
IGNA

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Manuel Quinquis est expert en analyse des projections sanglantes. Autant d'indices qui aident à comprendre ce qu'il s'est passé.

Reconstituer les événements d’une scène de crime à l’aide d’indices sanglants, c’est son métier. Manuel Quinquis est expert en morphoanalyse de traces de sang auprès de la Cour d’appel de Rennes. Il travaille à l’Institut génétique Nantes Atlantique, un laboratoire privé spécialisé dans les analyses criminalistiques1, et répond aux demandes des magistrats. Chaque année, il étudie une centaine de dossiers de tentatives de meurtres ou d’homicides partout en France. Une trentaine requiert particulièrement son expertise en morphoanalyse de traces de sang.

Sur la scène du crime

Pour établir les faits, Manuel Quinquis commence toujours par se rendre sur le lieu du crime à la recherche de la précieuse hémoglobine sur les murs, le sol, les vêtements… « Parfois les traces ont été effacées, alors j’utilise un produit révélateur qui se colore ou devient fluorescent en présence de
sang.
» Une fois les marques bien visibles, l’expert prend des photos à 360° de la pièce et effectue certains prélèvements. « Le sang est un élément primordial sur une scène de crime car l’analyse d’une seule goutte suffit à identifier le profil génétique d’une personne », explique-t-il. Mais, ce n’est pas tout !
« Chaque événement sanglant est à l’origine d’une marque. Selon la façon et l’endroit où le sang atterrit, sa consistance, la taille et la forme de ses gouttelettes ou éclaboussures, on peut en déduire des informations cruciales. » Car toutes les tâches ne se ressemblent pas. Une attaque au couteau laissera par exemple des éclaboussures plus fines que celles laissées par un coup de batte de baseball. « Simplement par l’observation, il est donc possible de se faire une première idée de la position de la victime au moment de l’attaque, si elle était debout ou assise par exemple, de la nature de l’arme utilisée et du nombre de coups portés. »


IGNA Recherche minutieuse de traces et d'indices sous crimescope, une lampe spéciale qui fait apparaître des substances invisibles à l’oeil nu.

Au laboratoire

Les prélèvements sont ensuite analysés au laboratoire. « Ils nous permettent de savoir à qui appartient le sang retrouvé. » Car il ne provient pas toujours de la victime... « Il peut très bien être celui de son ou ses agresseurs. » En parallèle, les photos prises sur place servent à une reconstitution de la scène en trois dimensions. « Grâce à toutes ces informations, j’établis un premier scénario des faits », indique l’expert. Il le compare ensuite aux données obtenues lors des auditions policières et au compte-rendu du médecin légiste. « Ces autres indices viennent valider ou non nos hypothèses. » Une fois l’analyse terminée, Manuel Quinquis rend son rapport aux autorités judiciaires. « La reconstitution 3D aide les jurés à comprendre le déroulé des événements car ils peuvent visualiser directement la position de la victime, l’arme utilisée et les projections sanglantes. »
De quoi faire ressurgir la vérité !

MARIE HILARY

1. Analyses d’empreintes génétiques, de traces papillaires, d’outils informatiques, réalisations de portraits-robots ADN. Cette expertise est complémentaire de celle de la PTS.

Manuel Quinquis : mquinquis@igna.fr

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