Mieux connaître nos amis les vers de terre
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Le projet LandWorm, qui a démarré en janvier, doit permettre de quantifier les conséquences des activités humaines sur les vers de terre pour mieux protéger ces “ingénieurs” de l’écosystème.
Longiligne et visqueux, le ver de terre s’étire et se tortille. Il est partout en France. Les activités humaines menacent pourtant ces animaux, même s'il est compliqué de quantifier leurs effets. Ce ne sont toutefois pas les études qui manquent. Environ 10 000 parcelles ont été analysées entre 1980 et 2000. Mais pour obtenir une vision à la fois globale, au niveau national, et plus précise des communautés de vers de terre – selon l’occupation du sol, ses propriétés et le climat1 – il faut faire du lien entre ces données. C’est précisément la mission du projet LandWorm2, lancé en janvier pour une durée de trois ans.
Les effets de la gestion du sol
Son objectif : synthétiser les données récoltées depuis une quarantaine d’années en France métropolitaine pour « analyser les effets de l’occupation et de la gestion des sols – aussi bien en milieu agricole, urbain ou naturel – sur les vers de terre », indique Kévin Hoeffner, docteur en écologie et évolution au laboratoire Ecobio3 à Rennes, qui participe au projet. « On pourra par exemple savoir si le pâturage a les mêmes effets sur toutes les communautés de vers de terre, selon les conditions climatiques et pédoclimatiques4. »
Les chercheurs prévoient donc d’établir des valeurs de référence, comme le nombre moyen de vers de terre par mètre carré pour chaque type d’usage du sol. À terme, ce travail de synthèse permettrait aux exploitants des sols d’identifier si ces derniers sont en mauvais état et d’agir en conséquence pour protéger les vers. « Aujourd’hui, nous ne sommes par exemple pas capables de dire quelle est la densité normale en vers de terre dans un sol cultivé », déclare le chercheur breton tout en ajoutant que de nombreux agriculteurs sont à la recherche de ce type de données.
Ingénieurs de l’écosystème
Car le nombre de vers de terre au mètre carré est un bon indicateur de la santé du sol, que l'on peut comparer à « une petite usine dont les vers sont les ingénieurs » poursuit Kévin Hoeffner. Leurs galeries jouent en effet un rôle dans la rétention et l’infiltration de l’eau. Et si elle s’infiltre bien, cela évite le ruissellement et limite donc l’érosion. Lorsque la matière organique dont ils se nourrissent se décompose, elle relâche des nutriments nécessaires à la croissance des plantes, comme l’azote, le phosphore et le potassium. Sans oublier que les vers de terre sont un maillon important de la chaîne alimentaire ; ils sont particulièrement appréciés des salamandres, des bécasses ou encore des crapauds !
Même si l’on peine aujourd’hui à évaluer leur nombre dans les sols français, il est évident que les vers sont impactés par les activités humaines, comme l’urbanisation des terres, le labour ou l’utilisation de produits phytosanitaires. Et les chercheurs sont unanimes : « il faut faire plus qu’attention » à ces petits vers qui se tortillent quelques centimètres sous nos pieds.
1. Océanique, continental, semi-continental ou méditerranéen.
2. Qui réunit une dizaine de scientifiques de plusieurs instituts dont l’Inrae, l’Université de Rennes ou encore l’Institut national de la recherche agronomique des Pays-Bas.
3. À l’Osur (CNRS, Université de Rennes).
4. Les propriétés du sol, comme le pH, la texture ou encore la quantité de matière organique, et le climat.
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