En été comme en hiver, la sécheresse assoiffe les sols
Actualité
Après un été caniculaire, cet hiver a été bien plus sec que la normale. Comment nous adapter face aux risques de pénurie d’eau ? Luc Aquilina, spécialiste en hydrogéochimie à Rennes, nous éclaire.
A-t-on déjà vécu des situations similaires ?
C’est plutôt exceptionnel. La sécheresse de 2022 s'est caractérisée par un assèchement des sols dès le printemps. À l'échelle nationale, le niveau annuel de précipitations a été inférieur de 10 à 40 % par rapport à la moyenne 1991-2020 (de 20 % pour la Bretagne). En raison du réchauffement climatique cela deviendra la norme un été sur deux d'ici 20 ans. Et puis les sols ont été très secs cet hiver... Mais cela est peut-être exceptionnel, car les prévisions anticipent plutôt des hivers plus humides à l'avenir dans le Nord et l'Ouest de la France.
Risquons-nous de manquer d'eau cet été ?
Lorsque leur niveau d'eau est suffisamment élevé, les nappes souterraines, qui se rechargent durant l’hiver, s'écoulent en été dans les rivières. En Bretagne, l'approvisionnement se fait surtout à partir des eaux de surface (étangs, lacs, rivières...), dont le débit s'annonce déjà assez faible. Aussi, au printemps la végétation capte l'eau qui tombe sur le sol. En février, 45 % des nappes françaises avaient un niveau plus bas que la normale. Avec les pluies du mois de mars, celles de notre région ont été en partie rechargées. Si l'été est à nouveau très sec et très chaud, cela sera tendu mais gérable, contrairement au reste de la France où la situation pourrait être très compliquée.
Quelles seraient les conséquences ?
L'été dernier, les puits, souvent utilisés par les agriculteurs bretons, étaient à sec. Pour irriguer les cultures il a donc fallu basculer sur le réseau d'eau potable, déjà bien sollicité... Une pénurie causerait aussi des problèmes pour les stations d'épuration, qui ont besoin d'un débit minimum pour diluer les rejets. On serait donc obligé de stocker l'eau des stations d'épuration jusqu'à l'automne, ce qui pourrait engendrer des risques sanitaires.
Comment vivre avec cette sécheresse ?
Il y aura sans doute à nouveau des restrictions d'eau, notamment sur les consommations qui ne sont pas considérées comme indispensables, par exemple le lavage des voitures, l’arrosage des jardins ou le remplissage des piscines. On pourrait également envisager une tarification progressive de l'eau1. Dans tous les cas, il faudra s'adapter pour le long terme. D'abord en ville, en maximisant l'infiltration de l'eau dans les sols et en y implantant davantage de verdure. Mais aussi en modifiant nos pratiques agricoles. Par exemple, le maïs, qui demande beaucoup d'eau en été pourrait être remplacé par d'autres plantes, comme le sorgho. Il faut aussi songer à diminuer notre consommation de viande et réfléchir à l'équilibre élevage-cultures entre les régions. Enfin, il est important de remettre en place des haies et des talus mais aussi de retirer les drains, qui favorisent l'écoulement de l'eau sur les terres agricoles.
1. Qui serait facturée plus cher selon la quantité dépensée.
Luc Aquilina,
luc.aquilina@univ-rennes1.fr
TOUTES LES ACTUALITÉS
du magazine Sciences Ouest