La ménopause, une construction sociale
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Quand les règles s’arrêtent naturellement avec l’âge, une femme est dite « ménopausée ». Mais dans quelle mesure ce phénomène physiologique est-il aussi un fait social ?
De la puberté à la ménopause en passant éventuellement par la grossesse, la vie des femmes est souvent résumée à un enchaînement de phases rythmées par les hormones. Et dans ce schéma, la ménopause marque le début de la dernière étape, la fin de la vie féconde. « D’un point de vue clinique il s’agit de la cessation des règles due à l’arrêt de la sécrétion d’hormones par les ovaires. On parle de ménopause après un an sans aucun saignement », indique Vincent Lavoué, gynécologue au CHU de Rennes, qui souligne également qu’elle « peut être asymptomatique ou s’accompagner de bouffées de chaleur, de diminution de la libido voire de pathologies comme l’ostéoporose, qui est due à une carence en œstrogènes ».
Quand les symptômes sont trop pénibles, les médecins prescrivent des hormones de substitution, mais cela n’est pas sans dangers. « Au bout de dix ans d’utilisation, elles entraînent un surrisque de cancer du sein, d’où l’importance de réévaluer le traitement chaque année », souligne le gynécologue.
Attentes sociales
La ménopause touche toutes les personnes dotées d’un utérus. Pourtant, elle n’est ni vécue ni perçue de la même manière partout dans le monde. Par exemple, au Japon, il n’existe pas de terme pour la désigner. « Cela montre bien que la ménopause est une construction sociale », observe Charlotte Debest, docteure en sociologie et chargée d’enseignement à l’Université Rennes 2. Car le phénomène physiologique est ancré dans des contextes culturels, sociaux et historiques qui conditionnent notamment la manière dont les femmes le vivent. Derrière ce mot se cachent ainsi un ensemble d’attentes : « Toute leur vie, on répète aux femmes que c’est normal d’avoir des bouffées de chaleur à la ménopause », illustre Charlotte Debest, pour qui les discours médiatiques et médicaux « homogénéisent les expériences des femmes, comme si elles étaient obligées de ressentir un certain nombre de symptômes pour être dans la norme ».
Un corps fini
Mais la ménopause est aussi une énième étape qui rappelle aux personnes possédant des ovaires que leur corps est régi par les hormones, souvent associées à des éléments négatifs comme la transpiration, la prise de poids ou les sautes d’humeur. « C’est leur rappeler constamment et tout au long de leur trajectoire qu'elles ont un corps biologique fini », poursuit la sociologue. Un corps qui, une fois délesté de la fonction reproductrice à laquelle il est souvent réduit, deviendrait un peu inutile et moins féminin : « L’arrêt des règles s’accompagne d’un changement de statut dans notre société, on passe de la mère à la grand-mère », ajoute Charlotte Debest.
Alors que l'organisme des hommes est lui aussi régi par les hormones, la ménopause illustre le fait que « leur corps est considéré comme la norme et qu’il est attendu socialement que celui des femmes soit toujours un peu en deçà, résume-t-elle, ce qui a de réels impacts en terme de répartition des rôles et des fonctions dans la société. »
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du magazine Sciences Ouest