Hydrogène blanc : fausse alerte en Bretagne ?

Actualité

N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© MALP / ADOBE STOCK

Magazine

4512 résultat(s) trouvé(s)

Un nouvel « or blanc » fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois. Alors que certains sont à sa recherche dans les sols bretons, l’hydrogène pourrait donner du fil à retordre aux plus enthousiastes.

Depuis quelques années, des entreprises sondent les sols de plusieurs régions du monde à la recherche de potentiels gisements d’hydrogène natif, aussi qualifié de naturel ou de « blanc ». Géologue de formation, Christophe Rigollet explore quant à lui le plancher du Finistère Nord pour sa société de consulting, CVA Group, à la recherche de sources de gaz souterraines. L’objectif : trouver une alternative propre et peu coûteuse aux énergies polluantes. « Aujourd’hui, le prix de l’hydrogène naturel tourne autour d’un dollar par kilo, c’est-à-dire cinq à six fois moins cher que lorsqu’il est produit par électrolyse de l’eau », souligne-t-il.

Un gaz à l’état sauvage

 

Le dihydrogène (H2), communément appelé hydrogène, est un gaz principalement utilisé comme vecteur énergétique1. Il est jugé prometteur car il n'émet pas de CO2 lorsqu'il est utilisé, contrairement aux hydrocarbures. La plupart du temps, il est produit de manière industrielle, à partir d’énergies fossiles et selon des procédés très polluants (il est alors qualifié de « noir » ou « gris »). Environ 5 % de la production française émane d’une autre méthode, l’électrolyse de l’eau. L’hydrogène est dit « vert » quand l’électricité utilisée pour cette technique est issue de sources renouvelables, et « jaune » si elle provient de centrales nucléaires.

Mais ces méthodes sont coûteuses, d’où l’intérêt d’extraire l’hydrogène directement du sol. « Ce gaz peut se former naturellement dans les roches du sous-sol à partir d’eau, explique Philippe Boulvais, enseignant-chercheur au laboratoire Géosciences Rennes. L’eau peut réagir avec des roches riches en fer, comme les péridotites2, ce qui produit une réaction d’oxydation du fer au cours de laquelle H2O est réduit en H2. Autre option, elle est en contact avec du matériel radioactif, et dans ce cas il y a radiolyse3 grâce à l’uranium. » Actuellement, un seul gisement d’H2 naturel est exploité dans le monde, dans le sud du Mali, où la géologie particulière du terrain a permis la création naturelle d’une réserve de gaz sous terre. Depuis l’ouverture du puits, en 2011, les recherches se sont multipliées partout dans le monde pour tenter de déceler ce gaz qui attire les convoitises… D’autant que l’Agence internationale de l’énergie présente l’hydrogène décarboné comme l’un des éléments importants du mix énergétique du futur.

Du H2 dans le sol breton ?

 

Dans certains recoins du plancher rocheux breton, Christophe Rigollet a d’ailleurs relevé des taux d’hydrogène anormalement élevés. Il prévient tout de même : « Il faut faire la différence entre un indice de surface et un gisement en profondeur. Il y a encore de nombreuses étapes à franchir avant d’envisager un forage d’exploration. » De son côté, Philippe Boulvais affirme que « les connaissances actuelles sur la géologie de la région suffisent pour conclure qu’il n’y a pas de contexte favorable à la formation ou à l’existence d’un gisement, seule condition pour que l’exploitation soit rentable ». Le chercheur confirme qu’il y a bien du H2 naturel dans les sols, mais que « les quantités de péridotites ou de roches suffisam-ment radioactives pour la radiolyse y sont infimes ». Peut-être pas de quoi retourner ciel et terre.

Anna Sardin

1. Forme transformée d'énergie qui permet de la véhiculer et de la stocker, comme l'électricité ou l'essence.
2. Roches du manteau supérieur terrestre.
3. Dissociation de l’eau (H2O) par des rayonnements ionisants.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest