Pourquoi les dinosaures nous fascinent-ils tant ?
Dinosaures, une histoire mouvementée
Des jouets aux films en passant par les squelettes exposés dans les musées, les dinosaures impressionnent tout autant qu’ils effraient. Autopsie d’une fascination qui traverse les âges.
«Quand on est petit, on baigne dans des histoires fantastiques peuplées de dragons et de monstres », observe Guy-Emmanuel Nodon de Monbaron, paléontologue amateur à Auray (Morbihan) pour la plateforme de vulgarisation Graine de savoirs. Et sur le podium des créatures préférées des enfants, les dinosaures font plutôt bonne figure ; diplodocus, stégosaures ou encore tricératops jouissent en effet d’une popularité de longue date. Terrifiants de gigantisme mais rassurants par leur absence, nos amis les dinosaures sont des « monstres » un peu particuliers.
Vestiges grandeur nature
Pour Thierry Jandrok, psychologue et psychanalyste à Strasbourg qui a étudié ce phénomène d’attraction, « la fascination naît dans la mythologie ». Mais ce n’est là qu’une porte d’entrée ! La science vient ensuite alimenter le merveilleux à travers les découvertes et les musées, où l’on peut se confronter à des vestiges grandeur nature. « Quand un enfant s’intéresse aux dinosaures, il apprend à les reconnaître, à les classifier et ensuite à ordonner sa pensée : c’est une passion qui mène à l’acquisition de l’esprit scientifique », soutient le spécialiste tout en insistant sur la « leçon d’humilité » qui accompagne l’observation d’un squelette de dinosaure grandeur nature. Car il s’agit bien là d’une question de taille. « Ces animaux peuvent être vus comme une représentation de l’autorité parentale : ils représentent l’âge ancien et ont cet aspect imposant et supérieur », avance Guy-Emmanuel Nodon de Monbaron. Ce qui explique en partie pourquoi, à l’évocation du mot « dinosaure », ce sont les plus gros spécimens qui surgissent dans notre esprit. Mais aussi les plus cruels, comme le tyrannosaure. Face à ces géants préhistoriques, l’enfant peut se confronter à sa propre impuissance et le dinosaure devient un medium de choix qui permet d’intérioriser ce qu’il ne peut extérioriser. « Les carnassiers concentrent un potentiel d’agressivité que l’on retrouve peu ou prou chez tous les enfants, souvent inconsciemment et qui se résout à travers la question suivante : “Comme je ne peux orienter mon agressivité à l’égard de mes pairs, je connais un animal qui peut mordre à ma place”, illustre Thierry Jandrok. C’est ainsi que l’enfant fait à la fois l’expérience de l’inhibition de la pulsion et la sublime. »
Analogies
En grandissant, la fascination évolue mais les ressorts restent les mêmes. Elle alimente même parfois, inconsciemment, nos représentations. N’appelle-t-on pas un vieil homme politique un « dinosaure » ? « Cela fait appel à la rigidité du fossile, à l’ancienneté et au pouvoir ainsi qu’à l’incapacité de se moderniser », résume le psychologue. Certains voient même une analogie entre les dinosaures et l’espèce humaine, chacun au sommet de leur écosystème et pourtant respectivement éteints et menacée : « Face au risque climatique, il y a déjà un demi-siècle qu’on aurait pu faire marche arrière, mais nos dinosaures psychiques, nos décideurs politiques, choisissent de continuer », souffle Thierry Jandrok.
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du magazine Sciences Ouest