Des volcans sous surveillance

Voyage au centre des volcans

N° 416 - Publié le 29 janvier 2024
© Jean De BrEmond d'Ars
En juin 2023, Dominique Gibert et ses collègues ont installé des capteurs de température à côté des fumerolles du cratère sud, au sommet de la Soufrière de Guadeloupe, assurément l'endroit le plus hostile pour les appareils.

Partout dans le monde, des scientifiques scrutent lactivité volcanique pour prévenir les éruptions. Une surveillance qui sauve parfois des vies mais atteint aujourdhui ses limites sur certains sites.

Cela fait plus de 20 ans que Dominique Gibert grimpe sur la Soufrière, en Guadeloupe. L’été dernier, ce physicien rattaché à l’Observatoire de Lyon et qui collabore étroitement avec le laboratoire Géosciences Rennes, a par exemple placé des sondes de température dans les fumerolles1 du volcan pour suivre au plus près ses changements d’humeur. De la Guadeloupe au Japon en passant par l’Islande ou l’Indonésie, plusieurs centaines de sites sont surveillés, pour prévenir les risques mais aussi afin de nourrir la recherche.

Le volcan avait gonflé


« Chaque volcan fonctionne différemment et les risques ne sont pas les mêmes partout », précise Dominique Gibert. Il est donc impossible de calquer un dispositif de surveillance sur tous les volcans du monde mais les variables observées, elles, se rejoignent. Les volcanologues écoutent le bruit sismique, dû aux déplacements de fluides hydrothermaux ou de magma et sont attentifs à la déformation du sol, liée aux remontées de magma. « Au mont Saint-Helens, aux États-Unis, en 1980, le volcan avait par endroit gonflé de 100 mètres », souffle Dominique Gibert. La surveillance se fait également via des images satellites qui permettent de repérer des coulées de lave ou des panaches de cendres, ainsi qu’à travers des analyses chimiques. « Plus un volcan est actif, mieux on le connaît », résume le chercheur.

Malgré les progrès scientifiques, prendre le pouls d’un volcan reste extrêmement compliqué. « Nous passons notre temps à inventer des instruments capables de résister à des conditions extrêmes en termes de pression, de pH ou encore de température, souligne le physicien. Et interpréter les signaux que l’on récolte n’est pas toujours évident. Remarquer un changement de température dans les fumerolles est une chose mais en trouver la cause et savoir s’il faut s’alerter en sont deux autres. » La surveillance a donc des limites, notamment lorsqu’il s’agit de prédire une éruption. « Nous calculons simplement des probabilités », explique Ludovic Leduc, volcanologue indépendant en Ille-et-Vilaine. « Aujourd’hui, on anticipe les éruptions des gros volcans, et ils ne tuent presque plus », relativise Dominique Gibert. Le vrai enjeu réside sur les volcans de basse énergie, qui sont assez actifs et desquels on peut s’approcher moyennant quelques précautions. Spectaculaires sans être trop dangereux, ces sites attirent les touristes. « Sur le Stromboli on est sûrs de voir une éruption sans trop s’exposer au danger », confie Ludovic Leduc, qui se transforme parfois en guide sur le volcan italien. Mais parfois le risque se matérialise. En 2014, le mont Ontake, au Japon, prisé des randonneurs, entre en éruption et tue 57 personnes. « C’était imprévisible, se souvient Dominique Gibert. Ces volcans sont un danger plus sournois car les gens s’y rendent en confiance, pas prêts à risquer leur vie pour un spectacle. » 

Violette Vauloup

1. Émanations de gaz qui s’échappent d’un volcan.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest