Badminton : la physique donne l’avantage aux gauchers
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La main qui tient la raquette modifie la vitesse et le sens de rotation du volant dans l’air. Des détails cruciaux pour certains coups comme le slice.
Les joueurs de badminton expérimentés le savent, le slice — coup de raquette du fond du court qui fait tomber le volant derrière le filet — est plus réussi chez les gauchers. Pourquoi ? Jusque-là, difficile à dire, mais Éric Collet, professeur à l’Institut de physique de Rennes, a enfin la réponse. « J’avais l’intuition que ça avait un rapport avec la symétrie et la chiralité du volant », révèle-t-il. Explications.
La tête vers l’avant
Un volant de badminton est composé d’une tête en liège sur laquelle sont plantées des plumes légèrement superposées les unes aux autres, formant une petite jupe. Cette structure particulière donne un objet non superposable à son image dans le miroir : un objet chiral. « Ainsi, quand le volant avance dans l’air, la tête vers l’avant, l’orientation en hélice des plumes le fait tourner sur lui-même, toujours de la même manière, détaille le chercheur, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. » Cette rotation naturelle est valable chez les droitiers et les gauchers dans la plupart des coups classiques. Mais qu’en est-il des slices, où la raquette frotte le volant pour modifier sa trajectoire ? Le chercheur a profité des Internationaux de France de badminton qui se sont tenus à Rennes en octobre 2023 pour mener son enquête en filmant les joueurs rennais de très haut niveau avec une caméra ultra-rapide. « On a enregistré des vidéos avec près de 4 000 images par seconde. Cela nous a permis d’obtenir des ralentis de qualité pour analyser le comportement du volant. »
Freiné dans l’air
En décollant après un slice frappé par un gaucher, le volant commence par tourner sur lui-même dans le sens horaire. Mais les frottements de l’air, trop importants, stoppent sa rotation au milieu de sa course. Il finit alors sa trajectoire en tournant à nouveau dans son sens naturel. Cette inversion en plein vol ralentit la course du volant, qui tombe alors plus vite, avec une trajectoire plus raide d’environ quinze degrés. Un avantage pour le joueur gaucher et « une double peine pour l’adversaire, qui doit non seulement se rapprocher tout près du filet pour contrer le coup, mais également mettre plus d’énergie pour faire repartir le volant », explique Éric Collet, lui-même joueur amateur de badminton. Ces résultats ont surpris le scientifique et son équipe qui ne s’attendaient pas à une différence entre droitier et gaucher « si marquée ».
Pour partager cette découverte au grand public, ils seront présents à la Nuit de la physique et du sport au Diapason, à Rennes, le 2 avril. « Nous avons prévu une animation pour les jeunes, qui pourront jouer au badminton et étudier la trajectoire des volants avec une application de smartphone », dévoile Éric Collet. L’objectif : montrer que la science peut être partout, même dans un amorti de raquette…
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