Détecter les drones grâce à la télévision
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Et si les ondes qui diffusent la télé pouvaient aussi servir à protéger des sites sensibles ? C'est sur cette piste que s’est lancée une équipe de chercheurs rennais.
Ce n’est pas la première fois qu’à l’IETR1, à Rennes, on planche sur la radio-opportunité, ou l’utilisation d’ondes déjà existantes, pour une tout autre application. Cette fois, c’est au tour des ondes DVB-T d’être « recyclées » : réceptionnées grâce aux fameuses antennes râteaux, elles permettent la diffusion de la télévision à grande échelle. « L’idée nous est venue d’un brevet déposé par Télédiffusion de France (TDF), l’entreprise qui assure l’implantation des émetteurs et la bonne diffusion de la télé, pour le DVB-T2, une version améliorée du signal actuel », commente Stéphane Méric, professeur des universités à l’Insa2 de Rennes et co-responsable du projet Ambra3, avec Jean-Yves Baudais, chargé de recherche CNRS à l’IETR. Dans cette nouvelle version, il y a une place libre pour un bout de signal différent, qui pourrait permettre la détection d’objets particuliers.
Une « onde augmentée »
Le principe est simple : ajouter dans le signal général un bout d’onde qui pourrait amplifier la signature radar d’un drone, pour indiquer avec précision sa présence et sa position. « Ce sont déjà des choses que l’on peut détecter, de la même manière que les oiseaux, par exemple, mais nous voulons développer un système plus précis », continue Stéphane Méric. Voilà pour la théorie. Reste la pratique qui, bien sûr, donne du fil à retordre aux chercheurs.
Lancée en septembre 2020, une première phase du projet a permis de valider le concept et d’identifier quelques points d’amélioration. « Il nous reste à perfectionner la forme de l’onde, pour l’adapter au maximum à ce que nous voulons détecter, et à prendre en compte la signature spécifique des drones, précise-t-il. Enfin, nous devons développer des récepteurs eux aussi spécifiques à cette application. » Pour l’instant, les chercheurs ont testé « des récepteurs du marché, un peu bricolés », mais la présence du drone se devine tout juste.
Un système anti-drones alternatif
« L’intérêt de pousser plus loin le développement est de permettre la détection de drones en installant simplement les quelques récepteurs dédiés, explique Stéphane Méric. Des systèmes anti-drones complexes existent déjà, mais valent des millions d’euros. Avec la radio-opportunité nous utilisons des ondes déjà émises sur plus de 99 % du territoire. » Alors que la première phase du projet se termine cette année, une deuxième pourrait mener à terme ces recherches. « L’objectif, c’est de pouvoir tester dans quatre ans le système sur un site opérationnel, militaire ou civil : un stade, un port, ou encore une centrale nucléaire. » Avant toute commercialisation, il faudra aussi vérifier que la transformation du signal DVB-T2 ne nuise pas à la fonction première du signal… c’est-à-dire diffuser la télé en haute qualité.
1. Institut d’électronique et des technologies du numérique.
2. Institut national des sciences appliquées.
3. Active multistatic broadcast radar, en français « radar de radiodiffusion multistatique actif ».
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