L’apprentissage de l’écriture manuscrite est un long processus

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N° 425 - Publié le 24 décembre 2024
© LAURENT GUIZARD

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Professeure en psychologie du développement et de l’éducation au LP3C¹ à l’UBO², Nathalie Bonneton-Botté nous présente l’évolution de l’enseignement de cette pratique.


À lère du numérique la journée mondiale de lécriture manuscrite le 23 janvier, rappelle limportance de cette dernière pour la mémorisation des lettres et linitiation à la lecture.

Comment l’écriture manuscrite est-elle enseignée à l’école ?


En France, nous l’enseignons relativement tôt : un enfant doit être capable d’écrire une phrase à la main avant d’entrer au CP. La motricité acquise permet de mieux mémoriser la forme des lettres et de se préparer à la lecture. 
L’écriture cursive, caractérisée par des lettres reliées entre elles, est préférée à l’écriture scripte où les lettres sont séparées, style choisi en Angleterre. En Amérique du Nord, les outils numériques sont en revanche privilégiés depuis quinze ans. Mais la dégradation des performances scolaires conduit aujourd’hui à une réhabilitation de l’écriture manuscrite.

Le numérique peut-il tout de même être utile ?


Effectivement, à l’école, il existe des tests de l’usage du numérique sur l’écriture manuscrite. Quand un élève écrit au stylet sur une tablette numérique, il reçoit un message en direct, signalé par une couleur ou un son pour l’accompagner et lui permettre de corriger la formation de ses lettres. C’est un instrument qui s’adapte à chaque enfant en proposant des exercices spécifiques pour s’améliorer.
À l’aide d’une application, l’enseignant peut revoir chaque étape, les informations motrices de l’enfant, s’il appuie trop fort ou s’il fait trop de pauses en écrivant. Cela permet un suivi personnalisé. La tablette est un outil comme une craie ou une ardoise, c’est un support à l’écriture manuscrite, pas un remplaçant… il faut continuer d’écrire sur un cahier !

Et c’est un apprentissage qui prend du temps ?


Oui, l’automatisation de l’écriture, c’est-à-dire le fait que la prise de note soit fluide, lisible et indolore se termine autour de 14 ans. C’est un long processus. Vers 8 ans, l’enfant pratique un double contrôle, il guide son tracé sur la base d’une représentation mentale de la lettre et analyse pas à pas ses erreurs pour les corriger. Aux alentours de 11 ans, l’élève bascule vers l’automatisation et c’est là qu’on peut détecter les problèmes de dysgraphie3 : lenteur, fatigabilité, nombre important de pauses.

Comment les aider ?


Il existe de nombreuses innovations dans les classes. Je travaille avec des enseignants qui utilisent toute la motricité de l’enfant et font l’école dehors pour apprendre à écrire. Chasse au trésor pour trouver des noms d’objets contenant telle lettre, composer un L avec des brindilles, marcher sur les lettres tracées au sol… Après l’activité en plein air, il y a toujours un retour écrit sur papier. Bilan ? Les élèves qui ont des difficultés dans l’écriture réussissent mieux à assimiler les lettres !

FABIO PERRUCHET

1. Laboratoire de psychologie : cognition, comportement, communication.
2. Université de Bretagne Occidentale.
3. Trouble affectant l'écriture et son tracé.

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