Où en est la recherche ?
Cancers, de la cellule déréglée à la maladie
Entre découverte de nouveaux traitements, meilleure compréhension du fonctionnement des cancers et révolutions technologiques, la recherche en oncologie multiplie les résultats encourageants.
Dans l’imaginaire collectif, cancer rime encore bien souvent avec décès. Pourtant, en France, le nombre de guérisons progresse, le taux de mortalité diminue et la recherche offre des perspectives prometteuses. L’apparition des thérapies ciblées au début des années 2000 a ainsi changé la vie de nombreux patients. Et cette technique, qui consiste à bloquer la propagation des cellules cancéreuses en ciblant les anomalies génétiques de la tumeur, n’aurait pas vu le jour sans une meilleure compréhension des mécanismes moléculaires qui régissent les cancers.
Une vision moins pessimiste
« La recherche fondamentale est essentielle. C’est parce que l’on a mieux compris la biologie des tumeurs que l’on a pu mettre au point de nouveaux traitements », observe Marie-Dominique Galibert, directrice de l’équipe Geo à l’IGDR1, à Rennes. Et s’ils ne permettent pas toujours de guérir, ces progrès prolongent souvent l’espérance de vie et améliorent la qualité de vie des malades. « De nombreux cancers se sont transformés en maladies chroniques, avec lesquelles il est possible de vivre des dizaines d’années, note Irène Buvat, directrice du Lito2 à l’Institut Curie, à Paris. Nous sommes passés d’une maladie de très mauvais pronostic à une vision beaucoup moins pessimiste. » La recherche sur le cancer est donc loin de se limiter aux traitements et se déploie sur un large éventail de disciplines. Elle est aussi parfois là où on ne l’attend pas : des chercheurs de l’Ifremer3 ont par exemple récemment découvert un mécanisme chez l’huître qui pourrait permettre de mieux comprendre le fonctionnement des cancers humains4.
Révolution technologique
« Il y a eu un vrai bond dans les années 1990 lié aux progrès technologiques, ça a donné un coup d’accélérateur à la recherche », souligne Marie-Dominique Galibert. Un gain de temps et d’efficacité qui se poursuit aujourd’hui avec l’intelligence artificielle (IA). Irène Buvat l’utilise depuis une dizaine d’années pour automatiser des tâches chronophages, comme le contourage des tumeurs lors de l’analyse d’images médicales. « Des travaux sont aussi en cours pour demander à l’IA de résoudre des problèmes que le cerveau humain ne sait pas traiter : on essaie de lui demander de prédire, à partir de centaines de données, si un patient va répondre à un traitement avant de le lui administrer », précise la chercheuse.
La recherche contre le cancer, très dynamique, s’est accélérée grâce à ces nouvelles technologies. Pourtant, « le pas entre recherche fondamentale et application clinique est souvent difficile à franchir, cela coûte très cher et dépend beaucoup des firmes pharmaceutiques qui ont un impératif de rentabilité que nous n’avons pas. Tout un tas de pistes prometteuses ne passent pas l’étape supérieure », souligne Marie-Dominique Galibert.
1. Expression des gènes et oncogenèse à l’Institut de génétique et développement de Rennes.
2. Laboratoire d'imagerie translationnelle en oncologie.
3. Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer.
4. Lire Sciences Ouest n°422 (octobre 2024).
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