Font-elles vraiment avancer la recherche ?
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Les projets réunissant experts et amateurs se multiplient, en particulier dans les sciences de l’environnement. De précieuses collaborations qui invitent à repenser la manière de faire de la recherche.
Depuis quelques années, difficile de ne pas remarquer l’engouement pour les sciences participatives. Les collaborations entre société civile et scientifiques concernent aujourd’hui presque toutes les disciplines et s’orientent, en France, majoritairement autour des thématiques liées à l’agriculture, l’écologie et l’environnement1. Mais au-delà de l’effet de mode, ces projets qui rassemblent chercheurs et non-chercheurs permettent-ils vraiment de faire progresser la connaissance ?
Approches descriptives
En 2023, Bastien Castagneyrol, écologue à l’Inrae2 à Bordeaux, a participé à l’analyse d’un grand nombre de publications en sciences de l’environnement. « On a constaté que les sciences participatives se publient bien, beaucoup de travaux scientifiques s’appuient sur des données collectées dans ce cadre », souligne le chercheur, qui ajoute que ces démarches sont davantage utilisées pour des approches descriptives et moins pour expliquer des mécanismes. « Il est plus facile et attractif d’associer des publics à l’observation de la biodiversité par exemple, que de lui proposer de conceptualiser des théories qui expliquent les mécanismes de répartition d’une espèce, indique Bastien Castagneyrol. Et puis il y a des exigences ou des instruments complexes qui limitent la participation sur certaines questions. »
Les données collectées par des amateurs sont donc utilisées par les chercheurs. Mais sont-elles d’aussi bonne qualité que lorsque des scientifiques les récoltent ? « Nous adaptons les questions de recherche si l’approche est participative, rassure l’écologue. Par exemple, il pourrait être délicat de demander à des amateurs de distinguer différentes espèces d’abeilles sauvages, cela demande un niveau d’expertise trop important. Mais on peut angler la question sur la dynamique des insectes pollinisateurs au sens large car tout le monde est capable de compter des abeilles, des papillons et des bourdons. » Et dans le cadre de certains projets, les données ne peuvent être utilisées par les chercheurs que lorsqu’elles ont été validées un certain nombre de fois par d’autres participants sur une plateforme en ligne, afin de limiter les risques d’erreurs.
Regard qui bouscule
« Les scientifiques qui utilisent ce genre de données le font en connaissance de cause et mettent en place des garde-fous, il ne faut donc pas s’interdire de participer par crainte de fausser les résultats », assure le chercheur. Ces contributions sont d’ailleurs précieuses. « Les citoyens nous permettent d’être présents dans des zones et à des fréquences impossibles seuls », souligne Lucie Cocquempot, coordinatrice de réseaux d'observation océanographique à l'Ifremer, à Plouzané. Et le regard des non-chercheurs bouscule parfois le monde de la recherche au-delà de la production de connaissances. « Des skippers du Vendée Globe ont un jour testé un capteur pour nous, mais à la place d’un retour purement technique, ça s’est transformé en collaboration pour l’améliorer : ils nous ont apporté leur expertise », illustre la coordinatrice.
1. D’après le rapport Les sciences participatives en France, par Francois Houllier et Jean-Baptiste Merilhou-Goudard (2016).
2. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
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du magazine Sciences Ouest