Le peuple des abysses se dévoile en 3D
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Ce mois-ci, Océanopolis propose de découvrir les espèces des grands fonds grâce à une animation en 3D. Une plongée dans l’obscurité pour mieux connaître cette biodiversité méconnue et fascinante.
Il fait noir, il fait froid, il fait profond, il fait faim… Ces mots du naturaliste et explorateur Théodore Monod prononcés par les médiateurs scientifiques d’Océanopolis introduisent l’animation Abyss 3D présentée au centre de culture scientifique, à Brest, du 14 février au 1er mars. « Rendre visible l’invisible et changer le regard sur les espèces des abysses, c’est le défi de cette médiation immersive, lance Tristan Hatin, responsable médiation et culture scientifique à Océanopolis. En suivant une particule de neige marine1, le visiteur va prendre part à une plongée de 6 000 m de profondeur pour explorer ces écosystèmes peu connus et leur biodiversité. » Sur grand écran, apparaissent tour à tour cochon de mer, poulpe dumbo, poisson ogre, calamar bijou… Dix espèces étonnantes se succèdent, présentant leurs adaptations originales pour survivre dans ces conditions extrêmes, de l’absence de lumière à la présence limitée de nourriture.
Leurre bioluminescent
Parmi elles, à 2 500 mètres de profondeur, la baudroie abyssale appelée aussi diable noir, du fait de sa mâchoire immense, chasse ses proies à l’aide de son épine mobile surmontée d’un leurre bioluminescent, produisant de la lumière grâce à des bactéries. « Un sacré avantage permettant au poisson de s’éclairer dans l’obscurité, d’attraper les proies tombées dans son piège et d’attirer un partenaire sexuel », explique Tristan Hatin. En remontant à 1 300 mètres de profondeur, un géant peut être rencontré. Long de 4 mètres, le calamar cacatoès est entièrement transparent, excepté ses yeux opaques qui sont munis de cellules bioluminescentes capables de produire de la lumière. En faisant pivoter vers le bas ces photophores, il paraît invisible à ses prédateurs du dessous.
Défi technologique
Outre la découverte d’une grande diversité d’espèces, l’accent est aussi mis sur le défi technologique de se retrouver face à face avec ces espèces. Grâce à une caméra Kinect reconnaissant les mouvements et l’image, le médiateur scientifique peut interagir avec les espèces en 3D, les déplacer ou les tourner vers le spectateur, et même dévoiler l’intérieur de certains organismes. « Le médiateur est engagé physiquement dans son discours, l’animation le rend acteur et crédibilise son contenu, précise Tristan Hatin. L’apport de la 3D rend ces animaux plus concrets et surtout plus palpables qu’une simple vidéo, émerveillant davantage les visiteurs ! L’outil technologique a été détourné pour sensibiliser et faire prendre conscience de la beauté et de la fragilité des espèces des grands fonds. »
En effet, de plus en plus de pressions menacent les abysses, du prélèvement des minerais à l’extraction des gisements. « Grâce à Abyss 3D, il est possible de considérer autrement cette biodiversité ignorée afin que la société ait un avis éclairé sur la question des menaces qui pèsent sur elle », conclut le responsable médiation.
1. Mélange de débris organiques, d’excréments, de cadavres de plancton, et de matières minérales.
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