Le cerveau des femmes, plus menacé par les polluants ?
Actualité
Longtemps négligées par la science, les particularités du cerveau féminin font depuis peu l’objet d’études qui tendent à montrer des différences dans l'impact de l’environnement et des pollutions sur la santé cérébrale.
Le cerveau des femmes serait-il particulièrement en danger ? C’est en tout cas ce que laissent à penser de récentes études en épidémiologie, dont les dernières avancées seront présentées à l’occasion de la 10e édition de la Semaine du Cerveau à Rennes, qui met cette année à l’honneur le cerveau au féminin à travers une dizaine de manifestations et de conférences.
Si la question des inégalités de santé cérébrale1 entre les femmes et les hommes est encore débattue, c’est parce que « pendant des décennies et jusque très récemment, la référence dans la recherche en santé a été le modèle masculin, explique Noémie Letellier, épidémiologiste à l’Irset2. Quand on s’intéressait à la santé des femmes, c’était généralement pour faire de la “santé bikini”, c’est-à-dire pour les organes recouverts traditionnellement par un maillot de bain. Mais cela commence à changer, et depuis quelques années, on se penche enfin sur les inégalités de genre en santé cardiovasculaire et cérébrale ». Ce qui explique le retard pris par les études, alors que les femmes sont statistiquement plus impactées par la maladie d’Alzheimer, ou encore les troubles anxieux et dépressifs.
Impact de l’environnement
Mais pourquoi le cerveau des femmes réagirait-il différemment aux risques environnementaux3 que celui des hommes ? D’abord, parce que statistiquement, les femmes sont plus exposées à certaines substances chimiques présentes dans les produits du quotidien. « On estime qu’en moyenne, une femme utilise seize produits de soin par jour, alors que les cosmétiques peuvent contenir des perturbateurs endocriniens dont l’effet sur le cerveau est de plus en plus documenté, argumente la chercheuse. Elles sont aussi plus exposées aux risques psycho-sociaux, comme les violences, la charge mentale ou la précarité, et elles exercent plus souvent des métiers précaires : la souffrance psychique en lien avec le travail est deux fois plus élevée chez les femmes que chez les hommes. » Ce sont les normes sociales et les stéréotypes de genre qui expliquent en partie ces inégalités d’exposition.
Cycle biologique
Mais à un même niveau d’exposition, les scientifiques soupçonnent que l’impact pourrait être plus important sur la santé cérébrale des femmes, notamment lors des périodes spécifiques que sont la puberté, la grossesse et la ménopause. « Par exemple, les particules fines présentes dans l’air provoquent, quand elles sont inhalées, des réactions inflammatoires et du stress oxydatif, qui augmentent les risques de démence et de maladie d’Alzheimer et amplifient le déclin cognitif. La sensibilité à ces mécanismes pourrait être plus importante lors de la ménopause. »
Noémie Letellier interviendra sur le sujet le jeudi 19 mars à 18 h 30, au CHU de Pontchaillou, en compagnie de Sophie Lefevre-Arbogast et Anne-Claire Binter.
Retrouvez le programme de la Semaine du Cerveau sur www.semaineducerveau.fr
1. Concept incluant la capacité du cerveau à fonctionner de manière optimale tout au long de la vie, à la fois sur le plan cognitif (attention, planification, mémoire) et sur le plan de la santé mentale (régulation des émotions, du stress)
2. Institut de recherche en santé, environnement et travail
3. Entendu au sens large, à la fois les expositions chimiques, l’aménagement urbain, les facteurs de risque psycho-sociaux, etc.
TOUTES LES ACTUALITÉS
du magazine Sciences Ouest