Pourquoi y a-t-il des singes à Paimpont ?

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N° 436 - Publié le 6 mars 2026
© JULIEN LE BONHEUR

En Ille-et-Vilaine, des chercheurs en éthologie étudient le comportement de primates pour mieux comprendre la manière dont ils communiquent.

Cercopithèques diane, singes de Brazza, Mone de Campbell et Mangabey à collier blanc : en pleine forêt de Brocéliande, la Station biologique de Paimpont abrite une trentaine de singes de quatre espèces originaires d’Afrique. Une présence surprenante, « qui s’explique par des raisons historiques et scientifiques », amorce Alban Lemasson, enseignant-chercheur à l’Université de Rennes et co-responsable du centre de primatologie de Paimpont.

Nés en captivité

Il faut remonter aux années 1960, quand « des primatologues de l’Université étudiaient les singes au Gabon, où un centre recueillait des orphelins du braconnage, poursuit le scientifique. Après l’indépendance du pays, ces animaux qui ne pouvaient plus être réintroduits dans la nature ont été rapatriés à la station. » Les primates actuels, tous nés en captivité, sont donc soit les descendants de ces singes, soit le produit d’échanges avec des parcs zoologiques, nécessaires pour éviter la consanguinité et maintenir des structures sociales stables1.

Le centre est rattaché au laboratoire CEEC2, qui étudie l’évolution de la communication des primates pour retracer l’émergence du langage humain. Les éthologues travaillent à partir d’observations de terrain, mais cela ne suffit pas toujours. « Dans la nature, certaines espèces vivent à 30 ou 40 mètres de haut, nous avons très peu accès à leurs interactions sociales », explique Alban Lemasson. La proximité est aussi empêchée « par des raisons éthiques et sanitaires liées à la transmission de maladies », complète Maël Leroux, enseignant-chercheur à l’Université de Rennes et co-responsable du centre de primatologie.

Des méthodes non-invasives

La captivité permet ainsi de lever certaines barrières. Elle rend par exemple possible le fait de filmer les animaux avec une caméra thermique pour analyser leur état émotionnel3. « La plupart du temps, nous ne faisons qu’observer. Parfois on tente d’évaluer leurs capacités cognitives, en leur proposant des activités avec des tâches de pointage ou des diffusions de sons et de vidéos d’autres singes », insiste Alban Lemasson. D’ailleurs, chaque étude, même simplement observationnelle, nécessite une autorisation éthique indépendante du laboratoire4.

« On ne touche jamais les animaux », appuie Céline Nicolle, soigneuse animalière à la station, qui s’occupe au quotidien des primates et dont la bonne connaissance des individus permet parfois de guider les chercheurs dans leurs expérimentations. « Entre le protocole et son application, il peut y avoir un écart. Par exemple, si je sais qu’un individu est plus craintif qu’un autre, cela peut aider à ajuster un dispositif et gagner du temps », illustre la technicienne, pour qui le métier « consiste à faire en sorte que les singes aillent le mieux possible dans le meilleur environnement qui soit, même s’il est évident que nous ne pourrons jamais leur apporter tout l’espace dont ils disposeraient dans la nature ».

VIOLETTE VAULOUP

1. Certaines espèces vivent en groupe multifemelles / multi-mâles et d’autres en groupe uni-mâle / multifemelles. Il est donc important de gérer le nombre de femelles et de mâles pour maintenir des groupes sociaux stables

2. Centre d'étude en éthologie et cognition

3. Corrélé à la température de certaines parties du corps

4. Elle est délivrée par le ministère en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, après avoir été soumise à l’avis d’un comité d’éthique enregistré auprès de celui-ci.

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