Corruption, environnement et répression : former les juristes de demain

Carte blanche

N° 436 - Publié le 6 mars 2026
photo d'une femme dans un champs d'herbe, regardant une éolienne
photo portrait de Sophie Lemaître
Carte blanche
Sophie Lemaître
Docteur en droit, membre associée à l’Institut ouest droit et Europe (Iode).

La faculté de droit et de science politique de l’Université de Rennes est enfin dotée d’un master dédié au droit de l’environnement ! Un événement d’autant plus important que l’Institut ouest droit et Europe (Iode) de la faculté comprend seize membres permanents et associés dont les travaux de recherche portent sur un large éventail de sujets environnementaux tels que la biodiversité, l’eau, le changement climatique, l’agriculture, l’énergie, ou encore la justice environnementale1.

Combattre la corruption environnementale

Cette formation ouverte à l’alternance vise à donner aux étudiants les clés et outils juridiques pour comprendre et intégrer les enjeux fondamentaux relatifs à l’environnement et aux transitions socio-écologiques dans leur pratique professionnelle. Le master en droit de l’environnement (Parcours Droit et transitions socio-écologiques) est coordonné par Isabelle Michallet avec Nathalie Hervé-Fournereau, Claire Malwe et Virginie Vidalens. La première promotion a été accueillie en 2024 pour le master 1 avec 23 étudiants et en 2025 pour le master 2, avec 20 étudiants, dont cinq en alternance. Les enseignements proposés couvrent un vaste champ de thématiques, y compris les liens entre la corruption et la criminalité environnementale. Un sujet qui est très peu étudié en France alors même que les conséquences sur l’environnement et les droits humains sont documentées depuis plusieurs années. Derrière les trafics de déchets, d'espèces sauvages ou encore l’exploitation illégale de bois se cachent, en effet, diverses formes de corruption. En outre, la corruption aggrave le changement climatique et accentue l’appauvrissement de la biodiversité. C’est également un frein à une transition énergétique et écologique juste. Les termes de corruption verte (green corruption en anglais), de corruption environnementale ou encore de corruption qui impacte l’environnement sont utilisés pour décrire ce fléau.

Protéger les lanceurs d’alerte et les défenseurs de l’environnement

Ainsi, la protection de l’environnement est étroitement liée à la prise en compte des risques de corruption et de pratiques illégales comme le blanchiment. Le fait que ces problématiques soient intégrées dans le programme de formation du master est novateur et permettra aux étudiants de proposer des mesures qui répondent à l’ensemble des enjeux environnementaux. Celles et ceux qui travaillent sur les questions de corruption et/ou d’environnement sont malheureusement menacés partout dans le monde. En 2024, 146 défenseurs de l’environnement ont été assassinés2. Certaines régions — comme l’Amérique latine — sont plus dangereuses que d’autres, mais l’Europe et la France ne sont plus des terres sûres pour les défenseurs de l’environnement. On ne compte plus les agressions physiques et verbales, le cyber-harcèlement, les arrestations, gardes à vue et condamnations à la suite de manifestations ou d’actions de désobéissance civile. Le droit est en réalité devenu un outil de répression que ce soit par le biais de l’adoption de nouvelles lois, les poursuites bâillons ou encore la criminalisation des actions. Fort heureusement, des collectifs s’organisent pour défendre celles et ceux qui nous informent sur les atteintes.

Enseigner la protection des lanceurs d’alerte et des défenseurs de l’environnement permettra de sensibiliser et de former de nouvelles générations de juristes. Un engagement rendu indispensable par l’évolution du monde.

1. Voir : iode.univ-rennes.fr

2. Depuis 2012, 2 253 défenseurs de l’environnement ont été tués, selon l'ONG Global witness.

TOUTES LES CARTES BLANCHES

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest