De la production à la poubelle

Quelle alimentation pour demain ?

N° 436 - Publié le 6 mars 2026
© DAISY DAISY / ADOBE STOCK

La lutte contre le gaspillage s’impose comme un pilier de l’alimentation de demain, entre impératifs environnementaux, éthiques et économiques. Mais si des leviers ont déjà été identifiés, la réflexion reste à poursuivre.

A lors que les modes de production et de consommation alimentaires sont appelés à évoluer, la réduction du gâchis s’impose comme un enjeu majeur pour nourrir le monde de demain. L’urgence est tout d’abord environnementale. Produire des denrées consomme en effet énormément d’eau et de sols, et « si l’aliment produit n’est pas consommé, ces ressources sont gaspillées », explique Patrick Gabriel, directeur du Lego1 à Brest. Il faut également agir pour des raisons éthiques, puisque « beaucoup de gens ne mangent pas à leur faim, en France comme ailleurs, et derrière chaque denrée, il y a des producteurs qui travaillent pour gagner leur vie », souligne le scientifique. S’ajoute à cela la facture : un produit jeté représente une perte d’argent, alors même que la filière agricole traverse une période difficile. Limiter le gaspillage se situe donc à la croisée de problématiques environnementales, éthiques et économiques. Mais comment passer de la théorie à la pratique ?

Mieux informer

Plusieurs leviers peuvent être actionnés pour réduire le gâchis, dont celui reposant sur la « valeur terroir ». Il a été observé que plus les consommateurs connaissent l’origine d’un aliment et le nom de celui ou celle qui l’a produit, plus ils lui accordent de l’importance et donc moins ils sont enclins à le jeter. Indiquer clairement la provenance et renseigner sur le producteur apparaît donc essentiel. La sensibilisation passe aussi par l’éducation face aux moisissures alimentaires. C’est l’objectif du projet Mynion. « En France, chaque personne jette en moyenne trois kilos de nourriture par an à cause de ces altérations fongiques », explique Monika Coton, chercheuse en microbiologie des aliments au Lubem2 à Brest. Lancé il y a trois ans, Mynion étudie la diversité des moisissures afin d’informer le public sur les dangers réels et, surtout, de limiter le gaspillage. Le projet prévoit des recommandations concrètes : selon la taille ou l’aspect de la contamination, il faudra soit retirer une partie du produit, soit le jeter.

Une réflexion à pousser

Aujourd’hui, plusieurs dispositifs existent déjà pour lutter contre le gaspillage, comme l’obligation faite aux grandes surfaces de regrouper les denrées proches de leur date de péremption dans des rayons dédiés, ou le développement de plateformes de revente des invendus à prix réduit. Si ces moyens vont dans le bon sens, la réflexion doit aller plus loin. « À l’avenir, il faudra remettre en question le calibrage des produits et revenir à la saisonnalité », alerte Monika Coton. Aujourd’hui, rappelle-t-elle, certains aliments « pourrissent inutilement dans les rayons ou à la maison, faute de correspondre aux standards esthétiques ou aux attentes des consommateurs ».

CHARLES PAILLET

1. Laboratoire d’économie et de gestion de l’Ouest

2. Laboratoire universitaire de biodiversité et écologie microbienne

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