Comment rendre les toilettes scolaires plus fréquentables ?

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N° 437 - Publié le 30 mars 2026
© RDNE STOCK PROJECT / PEXELS

En Bretagne, un projet participatif s’intéresse aux toilettes scolaires pour mieux en comprendre les usages et améliorer le bien-être des élèves.

Depuis 40 ans et partout dans le monde, des scientifiques dressent le même constat : environ un tiers des élèves évitent les toilettes scolaires. « Physiologiquement, un enfant ou un adolescent a besoin d’uriner trois à huit fois par jour, il n’est pas normal de se retenir toute une journée », rappelle pourtant Emmanuelle Godeau, enseignante-chercheuse en santé publique à l’EHESP1, à Rennes.
Depuis 2024, elle coordonne le projet Repacotoly2, financé par la Région Bretagne, dont le second volet débute ce mois-ci, après une étude menée dans un collège et un lycée bretons. Entretiens, observations et questionnaires ont confirmé que trop d’élèves évitent d’uriner ou de déféquer à l’école parce que « ça sent mauvais, c’est sale et on peut entendre ce qu’on y fait », résume la chercheuse, dont l’équipe voulait identifier des solutions, dans une optique participative.

Un espace complexe


Les élèves se sont donc emparés des données récoltées pour produire des supports ludiques ayant pour but d’initier le dialogue autour de ce lieu si particulier. Situées en marge de l’institution, les toilettes jouent en effet un rôle important. À l’heure de la puberté, il s’y joue un certain rapport au corps et au genre. C’est aussi parfois un lieu de trafic et de harcèlement, mais surtout un endroit où l’on se réchauffe l’hiver et où les filles se retrouvent entre elles.
Avant de participer au projet, Katell Quéhé, principale du collège Échange, à Rennes, ne se doutait pas qu’il s’agissait d’un espace si complexe. « En tant qu’adulte, on aborde souvent le sujet par les problèmes : les cuvettes bouchées, les toilettes dégradées, le gaspillage de papier… », constate-t-elle. Mais voilà qu'en l'étudiant on se rend compte que certaines dégradations peuvent s’expliquer par les stratégies mises en place pour pallier le manque de confort. « Certains remplissent par exemple le fond des toilettes de papier pour masquer les bruits », illustre Emmanuelle Godeau. Autre constat : l’accès est parfois entravé par l’accumulation de groupes de filles qui discutent et se maquillent. Depuis le passage des chercheurs, au collège Échange, « les miroirs ont simplement été déplacés à l’extérieur et le problème a disparu », se félicite Katell Quéhé.
Les chercheurs travaillent désormais sur un guide à destination des établissements, pour mettre les toilettes à l’agenda. Ils évalueront en 2027 si cela a permis un changement dans la perception et l’usage des lieux.

Pour se réfugier


« Force est de constater que les toilettes répondent à d’autres fonctions que leur but originel », observe Emmanuelle Godeau. 7 à 11 % des collégiens et lycéens interrogés déclarent s’y rendre pour pleurer ou se réfugier. « C’est le seul endroit où l’on peut être seul à l’école », analyse la chercheuse, pour qui tout cela révèle le manque d’espaces dédiés à des besoins importants, qui s’expriment donc par défaut dans les toilettes.

Violette Vauloup

1. École des hautes études en santé publique.
2. Recherche participative sur les toilettes en collège et lycée. Co-porté par l’EHESP et l’association Promotion Santé Bretagne.

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