Alzheimer, des protéines entre les neurones
Maladies neuro-dégénératives : quand le cerveau ne répond plus
Loin de se résumer à des troubles de la mémoire la maladie d’Alzheimer est une pathologie complexe et évolutive, aux causes multiples. Même si aucun traitement curatif n’existe encore, les connaissances sur ses mécanismes progressent.
Avec près d’un million de malades, Alzheimer est la maladie neurodégénérative la plus fréquente en France. Elle se caractérise par la présence de certaines lésions dans le cerveau : les plaques séniles et les dégénérescences neurofibrillaires, respectivement causées par l’accumulation toxique des protéines amyloïde et tau. « On pense que la protéine amyloïde entraîne la formation de tau, qui elle, finit par détruire les neurones », résume Serge Belliard, neurologue au CHU de Rennes. En particulier dans le lobe temporal interne, une zone du cerveau dévolue à la mémorisation.
Peu de médicaments
« Les troubles de la mémoire sont en effet le symptôme central de la maladie, mais il peut aussi y avoir des atteintes de la vision, du langage ou du comportement », précise Dominique Somme, gériatre au CHU de Rennes et chercheur en santé publique au laboratoire Arènes. Alzheimer est une pathologie évolutive (les troubles augmentent en même temps que l’autonomie diminue), pour laquelle il n’existe aujourd’hui aucun traitement curatif. « Il y a d’ailleurs assez peu de médicaments disponibles, situe Serge Belliard. De nouveaux traitements permettent de ralentir l’évolution de la maladie mais leur rapport bénéfice-risque a été jugé insuffisant et ils ne sont pas remboursés en France. » Par ailleurs, quatre médicaments traitant les symptômes ont été déremboursés en 2018, leur intérêt médical ayant été estimé faible par des experts indépendants de la Haute autorité de santé.
Grande variabilité
Mais alors, pourra-t-on un jour guérir d’Alzheimer ? « Sans doute, mais pour cela il faudra mieux comprendre la maladie et ses causes », répond le neurologue. Environ 1 % des cas sont liés à une forme génétique ; une mutation héréditaire qui entraîne obligatoirement la maladie. La majorité est liée à une multiplicité de facteurs environnementaux, en lien avec l’hygiène de vie, l’alimentation ou encore l’activité physique et intellectuelle. Le vieillissement, enfin, représente le principal facteur de risque « parce que la protéine amyloïde a énormément d’occasions de se déposer et de s’accumuler au cours de la vie, on ne les connaît pas toutes », note le Dr Belliard. Alors avec le vieillissement de la population, le nombre de malades augmente. C’est mathématique. « Mais la proportion de cas par tranche d’âge, elle, diminue : sur 1 000 personnes de 80 ans, vous avez un plus petit taux de malades aujourd’hui qu’il y a 20 ans », poursuit le médecin.
Encore très associé à un avenir sombre, le diagnostic est souvent vécu péniblement par les malades et leurs proches. « Mais il ne faut pas oublier que c’est une pathologie qui évolue sur le long terme, avec une grande variabilité d’un individu à l’autre, et qu’elle n’empêche pas de vivre de beaux moments et d’être heureux », tient à rappeler Dominique Somme.
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du magazine Sciences Ouest