Parkinson : quand la dopamine s’en va

Maladies neuro-dégénératives : quand le cerveau ne répond plus

N° 437 - Publié le 30 mars 2026
© SELVANEGRA / ISTOCK
Accumulation de corps de Lewy (en rose) dans les neurones.

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La deuxième maladie neurodégénérative de France trouve sa source dans l’existence d’une protéine toxique qui se propage dans le cerveau. Les scientifiques tentent aujourd’hui de bloquer sa diffusion pour stopper l’évolution de la pathologie.

Avec 150 000 malades et 25 000 nouveaux cas par an, la maladie de Parkinson est la deuxième maladie neurodégénérative la plus fréquente en France après Alzheimer. Elle se caractérise par la destruction progressive des cellules cérébrales responsables de la production de dopamine, un messager chimique permettant la circulation de certaines informations entre les neurones.

Contrôle qualité


Ce qui les fait mourir ? Une anomalie granuleuse qui « étouffe » ces neurones dopaminergiques de l’intérieur : les corps de Lewy. Ils sont constitués à 95 % d’alpha-synucléine, une protéine naturellement présente dans l’organisme, mais qui présente cette fois une structure anormale. À la fin des années 1990, des scientifiques qui s’intéressent à des formes familiales de Parkinson, présentes à toutes les générations, découvrent que la maladie se transmet via une mutation génétique entraînant la malformation de la protéine.
Mais les formes génétiques de cette pathologie sont rares. La plupart du temps, la malformation vient d’ailleurs. « Les protéines sont produites dans des sortes d’usines que l’on appelle les appareils de Golgi. Quand elles en sortent, elles passent par un contrôle qualité et si une protéine est anormale, elle est recyclée », compare Marc Vérin, neurologue au CHU d’Orléans. Or il se trouve que ce contrôle qualité est fortement perturbé par certaines substances, comme les pesticides. Des protéines difformes circulent alors dans le corps.
« Et des protéines en bonne santé se déforment au simple contact de cette alpha-synucléine anormale, poursuit le spécialiste. Quand un neurone étouffé par un corps de Lewy meurt, la protéine est libérée, elle trouve refuge dans le neurone voisin, y déforme les protéines présentes, le neurone est étouffé à son tour et la maladie se propage ainsi. »

Rouages grippés


Difficultés à marcher, contractions musculaires, troubles de l’attention, tremblements, tristesse… le manque de dopamine affecte les circuits liés à la motricité, la cognition, la motivation et les émotions. « La dopamine c’est comme de l’huile dans ces rouages, quand il en manque, tout se grippe un peu », explique Marc Vérin. C’est en administrant de la dopamine que l’on compense aujourd’hui les effets liés à la neurodégénérescence. Mais dans 80 % des cas, les corps de Lewy se propagent au-delà des neurones dopaminergiques, entraînant par exemple des troubles de la déglutition ou de l’équilibre. « Toute la gravité de la maladie réside dans cette évolution, qui peut aller jusqu’à l’apparition d’un syndrome démentiel. On est alors très limités dans la prise en charge car les symptômes sont devenus résistants à la dopamine », regrette Marc Vérin. La recherche se concentre donc aujourd’hui sur le blocage de la propagation de l’alpha-synucléine anormale. « Nous sommes à l’aube d’y parvenir », assure le médecin.

Violette Vauloup

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