Des herbiers sous-marins…
L'estran, au rythme des marées
« Les zostères sont une bizarrerie de l’évolution, sourit Aurélien Boyé, chercheur Ifremer à Plouzané, près de Brest, et spécialiste des habitats benthiques. Ces plantes sont sorties de la mer pour coloniser la terre, mais elles y sont revenues ensuite. Elles auraient divergé des plantes terrestres il y a environ 105 millions d’années. »
Deux espèces sont présentes en France, la Zostère naine et la Zostère marine. Elles se regroupent en herbiers sur l’estran et dans la zone infralittorale, formant des prairies qui peuvent s’étaler sur des hectares. « Ce sont des espèces ingénieures, c’est-à-dire que leur seule présence modifie l’environnement et crée des conditions propices à leur développement », explique Touria Bajjouk, cadre de recherche Ifremer à Plouzané. Les herbiers de zostères freinent en effet le courant, filtrent l’eau et la rendent donc moins turbide, favorisant l’accès à la lumière. Ils constituent également un habitat à part entière. « En moyenne, plus de 200 espèces vivent dans un herbier breton », note Aurélien Boyé. Le milieu abrite par exemple de petites algues épiphytes, qui se fixent aux feuilles de zostères. Un feuillage qui fait autant office de refuge face aux prédateurs que de garde-manger pour les gastéropodes, crustacés, poissons et hippocampes qui viennent s’y nourrir. « Même à marée basse, un grand nombre d’espèces peut survivre à l’abri de la chaleur et de la lumière dans un herbier de zostères », conclut Touria Bakjjouk.
…menacés par les activités humaines
« En France, 90 % des herbiers (de zostères et d’autres plantes, Ndlr) ont disparu depuis les années 1900 », souligne Aurélien Boyé, chercheur Ifremer à Plouzané, près de Brest, et spécialiste des habitats benthiques. Un déclin en partie lié à une maladie qui a décimé de nombreux plants de Zostère marine dans les années 1920 et 1930, et qui se poursuit aujourd’hui sous l’effet du dérèglement climatique, de l’artificialisation des côtes et de la dégradation de la qualité de l’eau. « Ces plantes sont extrêmement sensibles, elles sont même utilisées comme des bio-indicateurs sur la santé d’un milieu. Ce sont des sortes de thermomètres de la qualité de l’eau à un endroit donné », compare Touria Bajjouk, cadre de recherche Ifremer à Plouzané. Les zostères peuvent se dégrader très rapidement et leur disparition a des conséquences concrètes sur tout l’écosystème. « Grâce à leurs racines et leur feuillage, elles ralentissent le courant et retiennent le sédiment, protégeant les côtes de l’érosion. Elles abritent aussi une biodiversité variée et contribuent à la séquestration d’une partie du CO2 atmosphérique dans le sol, grâce à la photosynthèse », résume la chercheuse. Pour pallier leur dégradation, des projets de restauration d’herbiers sont mis en place dans certains endroits. « Mais cela coûte cher et un essai sur deux ne fonctionne pas, regrette Aurélien Boyé. Le premier enjeu est de conserver ce qui existe déjà. »
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du magazine Sciences Ouest