Nakamura décryptée par la science
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Comment expliquer le phénomène Aya Nakamura ? Entre résonances multiples, nouvelles technologies et malentendus linguistiques, deux ethnomusicologues nous livrent des clés de ce succès.
De la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques au festival des Vieilles Charrues cet été, en passant par trois concerts d’affilée au Stade de France et plus de sept milliards d’écoutes sur les plateformes de streaming… Aya Nakamura est devenue incontournable. En empruntant au reggae et à la chanson française, elle parle aux oreilles du monde entier. La chanson française ? « Car elle déjoue les règles de prosodie, comme le faisait Edith Piaf », observe Emmanuel Parent, maître de conférences en musiques actuelles et ethnomusicologie à l’Université Rennes 2. La chanteuse accentue ainsi les contretemps, à la caribéenne. Elle brouille encore les frontières lorsqu’elle titre un morceau Oumou Sangaré, du nom d’une chanteuse du Mali, d’où elle est originaire. Mais sans la laisser chanter, seulement danser dans son clip ! Et c’est notamment en collaborant avec le Colombien Maluma qu’elle conquiert les latinos du continent. Dans Nirvana, la redondance du mot « mashallah », « ce qu’Allah a voulu », a parlé aux pays musulmans jusqu’en Indonésie.
Des malentendus qui font le buzz
L’équivocité des mots joue aussi en sa faveur. Comme « trop tard » dans la chanson Copines : « En philippin, cela sonne comme “potta”, un mot à connotation sexuelle », enseigne Marta Amico, docteure en anthropologie et maîtresse de conférences en ethnomusicologie à l’Université Rennes 2. Idem pour le tube Pookie, qui mobilise pas moins de huit langues différentes. « Ouais je sens t’as l’seum, j’ai la boca » interpellera aussi bien un Espagnol qu’un locuteur arabe.
Comme un effet boule de neige, sa musique transculturelle est reprise sur TikTok, où des influenceurs de pop coréenne se filment sur ses mélodies transformées en véritables trends, tendances. Le succès de l’artiste est donc lié à l’essor des réseaux sociaux. « La musique et les danses d’Aya sont monétisées, les produits dérivés sont nombreux et étonnants », synthétise Marta Amico. Le streaming a également fait son œuvre, en faisant connaître Djaja en Amérique latine après son insertion dans une série espagnole.
Nakamura, un symbole de rassemblement ? Il faut la revoir sur le pont des Arts, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, mêlant son hit Pookie et For me formidable de Charles Aznavour en rejoignant la Garde républicaine. Un geste fort, qui a contribué à sa renommée. Mais qui lui a attiré des critiques à teneur politique. La Française à la peau noire y a répondu lors de son dernier concert au Stade de France. « Elle a enflammé des drapeaux de groupuscules d’extrême droite en réponse aux critiques faites lors des Jeux olympiques. Elle spectacularise le débat, défend une identité française plus ouverte de manière artistique, sur scène, en position de pouvoir », analysent les ethnomusicologues qui nous apprennent que le pays où elle est le plus écoutée est loin des polémiques : l’Inde, forte d’1,476 milliard d’habitants.
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