Quand le son affecte la biodiversité

Le son, étonnant phénomène

N° 440 - Publié le 12 août 2026
© ZOONAR GMBH / ALAMY

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La pollution sonore due aux activités humaines perturbe l’environnement acoustique des animaux, qui doivent modifier leur comportement pour s’y adapter.

Écoutez… des chants d’oiseaux résonnent dans un parc : merles, moineaux, mésanges. Mais, à l'heure de pointe, ils sont bientôt recouverts par la circulation. Dans les villes, le bruit ambiant perturbe la communication des animaux. « J’étudie comment l’environnement urbain change le comportement des espèces d’oiseaux sur un angle écologique. Je souhaite comprendre si la ville et notamment le bruit modifie les comportements sociaux : apprentissages, vie en groupe, communication, introduit Camille Troisi, maîtresse de conférences au centre d’étude en éthologie et cognition à l’Université de Rennes. Dans un espace bruyant, les mésanges vont augmenter leur fréquence de chant, les aidant à mieux se faire entendre par des partenaires ou des rivaux, au-delà du bruit de fréquence basse. »

Sous l’eau, les moteurs des bateaux et les sonars militaires bouleversent tout autant la communication des êtres vivants. « Dans mon documentaire, je pars à la rencontre de scientifiques spécialistes des sons du vivant qui font part du même constat : les chants de mammifères marins, d’oiseaux ou d’insectes disparaissent, révèle Jeanne-Marie Desnos, journaliste et créatrice du podcast Le chant de l’extinction1, présenté lors du festival Longueur d’Ondes 2026 à Brest. En mer de Norvège, si un son perturbateur comme un sonar est émis, les cétacés se sentant menacés, interrompent leur plongée et leur comportement de chasse est réduit de moitié. De même, en présence de bateaux touristiques et à de faibles niveaux de bruit, les otaries à fourrure de Namibie peuvent ressentir du stress et arrêter d’allaiter leur petit. »

Un obstacle à la communication


Les capacités d’apprentissage sont également ébranlées. Le son en ville peut être déformé et propagé différemment, perturbant les oiseaux. Le bruit et la lumière impactent leur sommeil et donc leurs facultés d’apprentissage. « Un jeune va apprendre la communication vocale en copiant ses pairs : parents, autres adultes ou jeunes. Mais l’environnement urbain peut modifier rapidement la signature vocale apprise, le jeune doit donc se mettre rapidement à jour ! », détaille Camille Troisi. Un sacré problème demandant aux espèces d’allouer leurs ressources énergétiques à gérer autrement leur cerveau plutôt qu’à se nourrir ou se reproduire.

Des adaptations au bruit


De plus en plus d’espèces s’adaptent à cet environnement urbain. Augmenter l’intensité sonore, chanter plus tôt, décaler la fréquence dans les graves ou les aigus, répéter le signal… Voici quelques stratégies évolutives mises en place par les animaux. « Si un oiseau va dans des fréquences plus graves, son chant va porter plus loin mais sera difficile à localiser, alors qu’un individu modulant entre des graves et des aigus sera entendu de loin mais aussi localisé plus facilement », explique Jeanne-Marie Desnos. Gare aux prédateurs.

Fabio Perruchet

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