À l’école des « drôles d’oiseaux » de la LPO

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N° 441 - Publié le 6 octobre 2026
© VIOLETTE VAULOUP
Le groupe se réunit une dizaine de fois dans l'année pour des sorties de terrain.

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Depuis 2023, la LPO Bretagne propose des cours pour mieux connaître et reconnaître les oiseaux. Un pari réussi, qui permet de sensibiliser à la protection de la biodiversité tout en recrutant de nouveaux participants aux projets de sciences participatives.

« On est de drôles d’oiseaux, il faut bien l’admettre », sourit Sylvie, jumelles autour du cou et cheveux frisottés par le crachin qui enveloppe ce matin-là la petite commune de Pluneret, près d’Auray (Morbihan). Avec six autres volontaires, elle participait en ce début d’été à l’une des sorties proposée dans le cadre de l’École d’ornithologie de la LPO, association de protection pour la biodiversité : vingt cours du soir et une dizaine de sorties sur neuf mois pour acquérir les connaissances pratiques, scientifiques, techniques et méthodologiques nécessaires à l’observation et à l’étude des oiseaux. Audrey Marçais, éducatrice nature à la LPO Bretagne et responsable de la formation à l’antenne vannetaise, ne tarde pas à donner le coup d’envoi. Guide ornitho sous le bras, elle guide le groupe à l’orée du sous-bois pour un premier poste d’écoute. 

Des chants et des cris  


Rapidement, l’oreille décompose les sons. Coucou gris, Fauvette à tête noire, Pouillot véloce, Merle noir… les réponses fusent. Un rouge-gorge se laisse apercevoir : « C’est un juvénile, il n’a pas encore de plumage rouge, couleur de la séduction qui ne lui est pas utile et en ferait une proie facile », explique l’éducatrice avant de reprendre la route. La pluie a fait ressortir l’odeur d’humus de la clairière. Plutôt un bon signe pour les ornithologues amateurs : « Plus l’air est humide, plus les chants portent bien », note Audrey Marçais. Pascale confie pourtant qu’il est plus difficile d’identifier un oiseau à l’oreille qu’à la vue : « Déjà, ils ne chantent pas exactement comme dans le guide, et puis, entre les chants et les cris, il y a beaucoup de sons différents. » Les premiers servent à la séduction, la reproduction et à la délimitation d’un territoire, quand les seconds servent plutôt d’alarme ou au maintien du contact au sein d’un groupe. Fort heureusement, d’autres indices permettent de distinguer les espèces : la taille, les couleurs, le milieu, la période de l’année, le vol ou encore la manière de se déplacer. 

De la sensibilisation à l’action 


Ces sorties de terrain complètent la vingtaine de cours du soir que la classe suit de septembre à juin, pendant lesquels des élèves de tous âges apprennent à identifier, mais aussi à mieux connaître le comportement et l’écologie des espèces de la région. Lancée en 2013 par la LPO Île-de-France, l’École d’ornithologie s’élargit au reste du pays depuis 2023. L’association propose aujourd’hui des formations dans 24 départements, et d’autres sont en cours de création. « Environ 2 000 personnes ont été formées depuis 2013 et on observe une forte hausse de la demande depuis le confinement », remarque Caroline Moussy, coordinatrice du programme à la LPO France. Un succès qui se confirme en Bretagne, où les trois formations — à Vannes, Morlaix et Rennes — affichent quasiment complet dès l’ouverture des inscriptions. « Dans nos jardins, on peut voir 40 à 50 espèces, mais qui sait en reconnaître autant ? », interroge Audrey Marçais. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Michel à s’inscrire : « Je voulais savoir ce que j’observais au quotidien dans mon terrain », explique le retraité, qui s’investit également dans d’autres projets de l’association. « Pour nous, l’objectif est double : sensibiliser et amener nos sympathisants à participer à des programmes de sciences participatives, comme le comptage des oiseaux des jardins par exemple, des actions nécessaires pour obtenir les données de suivi des populations », indique Caroline Moussy. 

À Pluneret, les joies de l’émerveillement se succèdent. Un frémissement dans le feuillage, des trous de pics sur un tronc… Ce qui semble un détail au promeneur pressé retient toute l’attention des ornithologues. La balade passe du sentier forestier à la lande. Sur la branche d’un pin balloté par le vent, un Bruand jaune invisible à l’œil nu se découpe soudain nettement à travers la longue-vue. Michel profite du moment pour sortir une bouteille de jus de pomme. Réjouissance presque interrompue par un invité surprise. Une silhouette ramassée, la queue en éventail, la tête dans les épaules ? Une buse, bien évidemment, cela ne fait de doute pour aucun des sept élèves, les yeux fixés vers le ciel, comme suspendus au vol de l’animal.

Violette Vauloup

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