Thomas Gunzig : « Les scientifiques sont guidés par leurs émotions »
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Thomas Gunzig participera aux Utopiales, le festival de science-fiction qui se tient à Nantes du 29 octobre au 1er novembre, pour présenter son excellent roman Spectres (Au diable vauvert). Un récit où la science est centrale.
Ce roman imagine l’entrée dans un monde parallèle grâce à une nouvelle technologie. Dans quelle mesure ce que vous détaillez est-il plausible ?
Vous basez-vous sur des théories scientifiques ? Je ne dois pas me poser la question ! Je dois me baser sur une hypothèse qui doit servir une histoire et une fiction. Mais le réel est plein de surprises, d’inattendus. Si on avait expliqué avant Newton que la force qui fait tomber une pomme par terre est la même qui fait tourner les planètes autour des autres, personne n’y aurait cru, et si on l’avait raconté dans un roman de SF, on se serait dit que ce n’est pas plausible ! On ne pensait pas que la gravitation était universelle ou que le temps était relatif, que c’était une dimension comme les autres dont on pouvait s’extraire ! La nature du réel n’est pas vraisemblable, et pourtant elle fonctionne. C’est ça qui est merveilleux, excitant pour l’imaginaire et permet d’écrire des histoires même si elles ne sont pas plausibles.
Vous racontez intimement le travail d’une scientifique : sa méthode, les pensées en cours d’élaboration, ses doutes, les grands courants dans lesquels elle s’inscrit… Comment avez-vous procédé pour recueillir cette matière ?
J’ai grandi dans un milieu scientifique. Mon père était professeur et chercheur d’astrophysique à l’université ; il travaillait avec François Englert et Robert Brout (tous deux prix Nobel pour la découverte du boson de Higgs) ou encore Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie pour ses théories sur les structures dissipatives. Je n’y comprenais rien, mais j’aimais les entendre parler de ces concepts fascinants qui touchent à notre nature profonde et au réel. Des scientifiques qui cherchaient la nature du monde, de la réalité, du temps, qui se posaient une question aussi fondamentale que « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? ». Mon père avait mis en place la théorie du « bootstrap » : comment de la matière et de l’énergie peuvent naître à partir de rien ?
Et vous, vous vulgarisez ?
J’ai fait relire le texte par des physiciens mais je fais plus que vulgariser : je tire sur des concepts afin qu’ils servent mon histoire. Pour la gravitation quantique à boucles, je brode allègrement, je prends la théorie au pied de la lettre en imaginant des espaces se trouvant entre les grains. Je fais un roman où je parle de science mais le plaisir premier est l’histoire, l’imaginaire.
Les scientifiques ont-ils besoin d’écrivains pour faire fleurir leurs idées et les inspirer à leur tour ?
On a de nombreux points communs. À la base de la recherche scientifique comme de la création artistique, il y a la rêverie, l’imaginaire, l’intuition.
Faire de la science, c’est être porté par des émotions, de l’amour ?
Oui ! L’intelligence humaine est très différente d’une IA. Elle fonctionne avec la raison, la logique, un savoir-faire mathématique, mais aussi avec émotion, enthousiasme, excitation. Les scientifiques sont des créatures profondément analogiques, inspirées, encouragées par leurs émotions.
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