Une histoire de la construction navale

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N° 441 - Publié le 6 octobre 2026
© C. Rabourdin / Musée national de la Marine
Maquette du sous-marin Gymnote, en bois et métal.

Le Musée de la marine situé à Port-Louis présente jusqu’au 15 novembre Machines des mers, une exposition retraçant la Révolution industrielle navale à travers le parcours de l’ingénieur breton Henri Dupuy de Lôme.

II aurait conseillé Jules Verne pour Vingt Mille Lieues sous les mers. Une chose est sûre : Henri Dupuy de Lôme (1816-1885) a contribué à faire progresser l’ingénierie navale, plaçant la France au premier rang des puissances maritimes mondiales. À l’occasion du 210e anniversaire de sa naissance, le Musée national de la marine lui consacre une exposition sur son site de Port-Louis (Morbihan), visible jusqu’au 15 novembre. Une quarantaine d’œuvres raconte en creux la Révolution industrielle, du développement de l’hélice (invulnérable aux intempéries et aux tirs ennemis) à la propulsion à vapeur peu à peu préférée à la voile, en passant par les navires blindés. 

Natif de Ploemeur, le polytechnicien parachève sa formation par l’École d’application du génie maritime de Lorient, où il étudie la propulsion à vapeur comme la résistance des matériaux. Premier poste : sous-ingénieur à l’arsenal de Toulon, chargé de la réparation des navires à vapeur. Très vite, il est envoyé en observation dans l’Angleterre concurrente, qui lui inspire un mémoire sur la construction des bâtiments en fer rigides, légers, moins vulnérables aux incendies que le bois. Écrit qui lui vaudra la Légion d’honneur. 

Record de vitesse


La voisine inquiète par sa puissance. L’ingénieur, soutenu par Napoléon III dont il est devenu proche, lui oppose alors un vaisseau de guerre construit en secret, long de 71 mètres, fort d’hélices de 6 mètres, de 90 canons, et de moteurs renforcés par des voiles lui permettant de filer à une vitesse de 13 nœuds. Le Napoléon est inauguré en 1852 et est considéré comme le navire de guerre le plus rapide de son époque. Il fait sensation lors de la guerre de Crimée. En 1860, nouveau saut technologique avec Gloire, premier cuirassé de haute mer, armé de 36 canons et ceinturé de fer invulnérable aux nouveaux obus qui avaient explosé une fois logés dans un vaisseau en bois. Londres panique ! Presque tous les bâtiments français construits entre 1857 et 1869 seront dessinés par Dupuy de Lôme. Non sans défauts. La cuirasse de fer de la frégate Normandie transforme les batteries en étuve. Une épidémie de fièvre jaune s’abat sur l’état-major. 

Carrière politique


Après la guerre de 1870, alors que la Marine est tenue responsable d’avoir coûté plus de trois milliards de francs au détriment de l’armée de terre, Henri Dupuy de Lôme a pris sa retraite militaire l’année précédente pour s’embarquer auprès de sociétés maritimes privées, et en politique. Afin de rétablir la concurrence avec les constructeurs étrangers, il fait par exemple voter une loi instaurant une prime à la construction navale, favorisant la marine marchande française. L’homme d’affaires meurt à 68 ans. Deux mille personnes répondent présent à ses obsèques, à Paris. Trois ans plus tard, son Gymnote est mis à l’eau, premier sous-marin torpilleur français opérationnel. Encore un « premier », pour celui qui était déjà à Lorient, à la tête de sa classe.

Fanny Guyomard

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