Certaines espèces sont-elles prédisposées à l’invasion ?
Espèces invasives, quelles menaces ?
Du transport à la reproduction, le succès ou l’échec d’une invasion biologique dépend d’une large gamme de caractéristiques propres à l’espèce et à l’environnement.
Certaines espèces sont naturellement avantagées par rapport à d’autres. On parle de pré-adaptation. Les animaux qui n’ont pas de préférences alimentaires particulières s’acclimatent plus facilement à un nouveau milieu. Même logique concernant la reproduction. « Certains animaux ont des besoins spécifiques pour former des cocons ou fabriquer des abris dans des cavités d’arbre avec un niveau d’humidité précis alors que d’autres ont simplement besoin de sol », note David Renault, enseignant-chercheur en écologie à l’Université de Rennes.
En douceur
Et plus une espèce est mobile, capable d’explorer une superficie importante, plus elle a de chances de s’implanter sur un territoire. « La mouche bleue est l’exemple parfait, tellement généraliste qu’elle est devenue cosmopolite, on la retrouve presque partout sur la planète », illustre le chercheur. Enfin, le vecteur d’introduction joue un rôle important. Passer de la Scandinavie à la zone polaire est moins violent que de quitter les tropiques pour l’Arctique. Même constat si l’espèce a été transportée dix mois sur la coque d’un navire : le changement de température, par exemple, se fait plus en douceur que si elle a voyagé en seulement dix heures dans la soute d’un avion.
Le clonage, un avantage et un inconvénient
Chaque espèce se décompose en sous-types génétiques différents. Les individus qui survivent au transport ont déjà subi une forme de sélection naturelle. Ce sont probablement les plus résistants et donc ceux qui ont le plus de chances de s’installer. « Un parallèle peut être fait avec la résistance aux antibiotiques, explique l’écologue. L’humain place des contraintes environnementales qui contribuent à la sélection des organismes les plus résistants, ce qui leur confère un avantage. De la même manière, les espèces issues de milieux anthropisés sont plus robustes et ont donc un plus grand potentiel invasif, parce qu’elles sont déjà adaptées à une gamme de contraintes. »
Dès la première génération, la descendance des individus introduits développe des traits qui la rendent plus adaptée au milieu. Un phénomène d’autant plus rapide que le nombre de générations engendrées chaque année est élevé. Certaines espèces peuvent d’ailleurs s’affranchir de la reproduction, comme les pucerons, qui se clonent en cas de difficultés à trouver un partenaire. Un avantage de poids dans le processus invasif. « Mais s’il survient une dysharmonie entre le patrimoine génétique et l’environnement, toute la population disparaît », signale David Renault. L’environnement et l’espèce sont intrinsèquement liés, « on ne peut pas découpler les espèces exotiques envahissantes des caractéristiques environnementales du milieu où elles sont introduites », conclut David Renault.
Pour aller plus loin
Conférence des Mardis de l'Espace des sciences
"Effondrement de la biodiversité : quelles conséquences pour les sociétés humaines ?" avec Tatiana Giraud, ingénieure agronome, directrice de recherche CNRS à l’Université Paris-Saclay, membre de l’Académie des sciences et professeure invitée de la chaire annuelle Biodiversité et écosystèmes au Collège de France 2020-2021.
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du magazine Sciences Ouest