Combien coûtent les espèces envahissantes ?

Espèces invasives, quelles menaces ?

N° 442 - Publié le 3 novembre 2026
© ROGER ERITJA / ALAMY
Le Moustique tigre est le vecteur de plusieurs arbovirus à fort impact sur la santé humaine comme la dengue, le chikungunya, le virus Zika ou la fièvre du Nil occidental.

Quand une espèce bouleverse l’équilibre d’un milieu, les conséquences en cascade sur la biodiversité sont exorbitantes.

Plus de 423 milliards de dollars. Selon l’IPBES, groupe de travail international chargé d’évaluer l’état de la biodiversité, c’est ce que coûtaient au bas mot les invasions biologiques au niveau mondial, en 2019. Un chiffre colossal qui s’explique par toutes les actions en chaîne. En France, le Frelon asiatique se nourrit notamment d’abeilles domestiques et d’autres insectes, utiles à la pollinisation des fleurs, donc à l’agriculture. Un coquillage envahissant bouleverse l’emploi de pêcheurs et le secteur du tourisme, puis toute l’économie d’une région. Certaines plantes invasives peuvent modifier les régimes d’incendie : les feux qui en résultent peuvent libérer du carbone dans l’atmosphère, et les fumées et particules affecter la respiration.

Dégâts indirects
 

« Parmi les espèces invasives les plus coûteuses figurent certains moustiques vecteurs de maladies. Mais toutes les espèces ne sont pas aussi bien documentées », renseigne Melina Kourantidou, économiste de l’environnement au laboratoire Ecobio1, à Rennes. Moins visibles directement, les dégâts psychologiques sont bien comptabilisés par les scientifiques : « lorsqu’une espèce envahissante transforme profondément un habitat ou un paysage qui nous était familier », illustre la chercheuse. Une biodiversité appauvrie agit également de manière discrète mais certaine sur notre microbiote, en aidant au développement de maladies auto-immunes (et sur la dette de la Sécurité sociale), comme le raconte le biologiste Marc-André Selosse dans sa conférence "La biodiversité, un outil pour le futur" à revoir sur la chaîne YouTube de l’Espace des sciences.

Sur quel pied danser ?
 

Certes, l’être humain tire profit de certaines espèces. L’État italien avait fini par adopter la palourde philippine, en développant son commerce. Mais la voilà menacée par le Crabe bleu. Des chefs cuisiniers ont commencé à les introduire dans leurs mets — les Chinois en consomment depuis longtemps. Mais cela suppose d’investir dans de nouvelles infrastructures. « Lorsqu’une espèce présente un risque important, intervenir tôt augmente les chances de pouvoir encore l’éradiquer ou d’en limiter l’expansion, et de réduire les coûts futurs. » Ce qui pose la question de la légitimité d’un tel choix : peut-on se permettre de diminuer le nombre d’individus voire d’éradiquer une population avant qu’elle ne devienne dérangeante ? Pour tenter de deviner la suite du processus, les décideurs observent d’autres territoires où la même espèce est devenue envahissante. « Mais deux populations et deux territoires ne sont jamais exactement comparables : ce qui s’est produit ailleurs peut nous renseigner, sans pour autant prédire exactement ce qui se passera ici », avertit Melina Kourantidou.

Sur les 37 000 espèces exotiques recensées dans le monde, plus de 3 500 sont documentées comme envahissantes.

FANNY GUYOMARD

1. Écosystèmes, biodiversité, évolution

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