L’ordre dans la nature est relatif. Ce sont souvent les chocs, les dysfonctionnements qui la font évoluer.
Portrait
Directrice d’une unité Inserm de recherche sur le foie
De l’enseignement, probablement. Mes premières années de laboratoire étaient orientées vers la préparation de l’agrégation.
Je me voyais dans le domaine de l’écobiologie : l’étude des plantes, des animaux... Ma carrière à l’Inserm(1), dans un laboratoire de recherche médicale, est vraiment fortuite.
L’énergie et la volonté de faire évoluer le fonctionnement d’une unité de recherche de la fonction publique, qui, maintenant, ressemble plus à une entreprise. C’est dans l’air du temps : les organismes de recherche et même les universités reçoivent de moins en moins d’argent récurrent de l’État. Ils doivent trouver eux-mêmes leurs financements et fournir ensuite des bilans financiers, des coûts de personnel et d’équipement, que l’on ne demandait pas avant.
Oui, énormément ! Le fait le plus marquant est celui qui a débouché sur la mise au point d’un système de coculture permettant à des cellules de foie de fonctionner longtemps et très bien en milieu artificiel. Cela a alimenté 15 ans de recherche et a été un tournant dans ma carrière. L’autre exemple ne date que de quelques mois. En travaillant à réaliser des biomarqueurs pour des puces à cellules, nous avons introduit fortuitement une anomalie dans un gène encore mal connu du génome humain, qui nous fait découvrir aujourd’hui qu’il peut faire basculer les cellules de la prolifération active vers le vieillissement. Cela ouvre un champ passionnant de recherche, y compris pour la lutte contre le cancer.
Pas mon optimisme ni ma passion ! Mais peut-être l’illusion que la passion de la recherche se transmet facilement.
La façon de manipuler sans contrôle les gènes et en particulier ceux qui sont liés au vieillissement.
Toutes celles liées aux maladies. Il y a vingt ans, quand on a découvert les oncogènes (NDLR : catégorie de gènes associés aux pathologies cancéreuses), on pensait avoir résolu le problème du cancer.
Or on en est loin...
Je pense que le fonctionnement et l’évolution de l’humanité ne sont pas rationnels. L’ordre dans la nature est relatif. Ce sont souvent les chocs, les dysfonctionnements qui la font évoluer.
(1)Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale.
TOUS LES PORTRAITS
du magazine Sciences Ouest