Notre-Dame mobilise les chercheurs

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N° 372 - Publié le 6 mai 2019
Cyril Preiss / gigascope
Ces vitraux de la cathédrale posés en 1260 n’ont pas été détruits par l’incendie. Cette photo (21 milliards de pixels(5)) est mise à disposition des chercheurs.

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Deux historiens fédèrent les chercheurs pour restaurer la cathédrale.

Trois jours après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris le 15 avril, les historiens Arnaud Ybert et Maxime L’Héritier ont mobilisé la communauté scientifique. Ces deux spécialistes du Moyen Âge sont chercheurs à l’Université de Bretagne occidentale à Quimper et à l’Université Paris 8(1). Ils ont lancé un appel, notamment aux directeurs de recherche d’universités et du CNRS qui ont travaillé sur la cathédrale et possèdent des données précises sur elle. Plus de 150 scientifiques en France et dans le monde ont répondu présent. Ils proposent leurs expertises à l’Association des scientifiques au service de la restauration de Notre-Dame de Paris, créée par les deux médiévistes.

Des informations fiables

Un drame est l’occasion d’une avalanche d’informations parfois contradictoires. Les commentaires sur l’incendie ont confirmé la règle. Pour éviter toute confusion, les deux universitaires ont eu l’idée de rassembler tous les savoirs sur la cathédrale. Ils les mettent à la disposition des laboratoires du ministère de la Culture(2).

« Notre objectif n’est pas de prendre position sur une restauration à l’identique ou modernisée de Notre-Dame, explique le Quimpérois Arnaud Ybert, président de l’association. Mais de communiquer aux architectes des Monuments historiques des informations fiables, pour faciliter leurs décisions. Nous savons qu’ils doivent mener leur mission rapidement avec des contraintes religieuses, politiques et touristiques. »

Parmi les études mises en ligne sur le site(3) de l’association, l’une concerne l’âge des arbres de la charpente. Ils avaient entre 100 et 120 ans, et non 300 comme entendu sur les ondes. Durant le diagnostic, consacré à l’étude des dégâts et à la consolidation, l’association souhaite proposer ses compétences au Laboratoire de recherche des Monuments historiques. À la construction de la cathédrale, les pierres avaient des origines précises selon leur affectation pour un pilier, un contrefort ou une voûte. Au fil des siècles, avec les réparations, un contrefort a pu être recomposé d’une mosaïque de pierres d’origines et de duretés différentes. « Un laboratoire de notre association sait établir rapidement, avec précision, la composition de cette mosaïque », poursuit Arnaud Ybert. Analyse des vitraux, dendrochronologie(4) de la charpente et scanographie des maçonneries sont aussi mises à disposition.

Le climat du 13e siècle

L’incendie qui a ravagé la toiture a mis à jour des éléments parfois méconnus. Les chercheurs souhaiteraient effectuer des recherches fondamentales lors des travaux de restauration. Par exemple, l’étude des agrafes métalliques reliant les pierres, qui n’étaient pas attribuées au Moyen Âge il y a quarante ans. Les troncs calcinés de la charpente renseigneront sur le climat au début du 13e siècle. Toutes les découvertes qui seront faites à Notre-Dame de Paris seront aussi utiles pour la protection des autres monuments historiques.

Marc Beynié

(1) Arnaud Ybert est maître de conférence en histoire de l’art médiéval à l’UBO. Maxime L’Héritier est maître de conférence en histoire médiévale à Paris 8.
(2) Le Laboratoire de recherche des Monuments historiques (LRMH) et le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF).
(3) www.scientifiquesnotre-dame.strikingly.com.
(4) Étude de la croissance des arbres au cours du temps.
(5) Gigascope est un dispositif qui permet de réaliser des photos ultra détaillées du patrimoine (gigascope.net).

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