Le voyage interstellaire : une utopie ?
Turbulences interstellaires
Alors que les yeux sont braqués sur Mars, d’autres rêvent d’aller encore plus loin… Au-delà du Système Solaire : science-fiction ou réalité scientifique ?
« Aujourd’hui, c’est clairement une utopie ! », confient à l’unisson Priscilla Abraham et Bruno Mauguin, responsables du planétarium de l’Espace des sciences à Rennes. Sachant que l’une des sondes Voyager envoyées par la Nasa en 1977 a survolé Neptune 12 ans plus tard et qu’il a fallu 35 ans pour sortir de notre système planétaire1, il est vrai qu’envoyer des hommes dans le milieu interstellaire rime aujourd’hui avec mission impossible.
Avec nos technologies actuelles
Pour une telle destination, un voyage en ligne droite n’est pas envisageable car il faudrait acquérir de la vitesse durant le trajet2, malgré l’immense énergie déployée au décollage. Il faudrait voyager léger ; ce qui implique un équipage réduit, sans trop de matériel. « Pour atteindre l’étoile la plus proche avec nos technologies actuelles, il faudrait 100 000 ans ! » tempère Bruno Mauguin. Et là, on ne parle que de l’aller.
Autre problème, l’évolution permanente de nos technologies. « Pour recueillir les données de Voyager, nous utilisons certains appareils des années 1970. Nous sommes incapables de reconstruire un menhir tel qu’il y a 6 000 ans ; d’ici qu’un vaisseau arrive dans le milieu interstellaire, les technologies actuelles seront désuètes et oubliées. » Et s’il y a un problème, comment venir en aide à l'équipage ? « Nous pourrions envoyer des robots ou des astronautes génétiquement modifiés capables de résister aux rayons cosmiques », imagine Bruno Mauguin. Sans oublier le caractère hostile du milieu qui les attendrait… et qui donne envie de garder les pieds sur Terre.

Charles Carter / Keck Institute for Space Studies / Nasa
1. Elles sont actuellement à plus de 20 milliards de kilomètres de la Terre.
2. En utilisant par exemple l’effet de fronde gravitationnelle, tel que les sondes Voyager.
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du magazine Sciences Ouest