L’Antarctique : une réserve de paix menacée ?

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N° 389 - Publié le 28 mai 2021
CC BY-SA 4.0 / W. BULACH
Les risques pour la sécurité humaine et environnementale sont évalués avant de pouvoir se rendre sur le continent.

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Ce mois-ci, la France organise la 43e réunion consultative du Traité sur l’Antarctique. L’occasion de revenir sur les particularités de ce continent et de sa juridiction.

Dans notre imaginaire collectif, l’Antarctique évoque un territoire libre, dédié aux activités scientifiques et qui n’appartient à personne. Mais est-ce le
cas ? « Pendant longtemps, il était considéré comme un continent sans maître, explique Anne Choquet1, enseignant-chercheuse en droit à Brest Business School, spécialiste des régions polaires. Sept pays2 ont notamment revendiqué des parts de l’Antarctique, soit pour prolonger leur territoire soit pour posséder les zones découvertes. » En 1959, douze pays dont la France signent le Traité de l’Antarctique3 pour réglementer les relations entre les États. « On assiste à un gel des revendications territoriales et seules les activités pacifiques sont autorisées. » Aucune activité nucléaire ou militaire n’est permise. En 1988 se pose la question d’autoriser l’exploitation des ressources minérales. Face aux catastrophes écologiques, comme le naufrage du Bahia Paraiso en 1989 au large de la péninsule antarctique, les États y renoncent. « En 1991, le Protocole de Madrid4 complète le traité et interdit l’exploitation des ressources minérales en raison des risques environnementaux que constitue leur transport fluvial. » L’Antarctique devient une réserve naturelle, consacrée à la science et à la paix.

Les activités touristiques

L’attrait pour les pôles s’accroît. Pendant la saison 2019-2020, près de
74 000 personnes ont visité le continent. Les activités touristiques dans la péninsule de l’Antarctique se diversifient et menacent l’environnement. Faut-il les interdire ? « Ce serait une solution extrême qui n’a pas lieu d’être pour le moment puisque le cadre juridique est très strict et régulièrement complété. Toute activité sur le continent est notamment soumise à une évaluation des effets sur le milieu. » Par exemple, un tour opérateur français doit fournir au préfet des terres australes et antarctiques françaises une évaluation des risques pour la sécurité humaine et environnementale, avant de pouvoir se rendre sur le continent. « Les navires touristiques sont contrôlés et de lourdes sanctions s’appliquent en cas de non-respect des règles. »

Levée de l’interdiction

Mais il n’y a pas que le tourisme qui inquiète. En 2048, soit 50 ans après la mise en vigueur du protocole de Madrid, les États pourront envisager la levée de l’interdiction d’exploitation des ressources minérales. Mais ce scénario est peu probable d’après Anne Choquet. En effet, la modification devra s’accompagner d’un régime obligatoire, ratifié par la totalité des États qui ont le droit de vote depuis 1991 ainsi que par 75 % des parties consultatives actuelles. Pour une fois, notre appétit insatiable pour les énergies ne sera pas comblé !

MARIE HILARY

1. Co-auteure de la Géopolitique des pôles : Vers une appropriation des espaces
polaires ? paru en avril 2021 aux éditions Le cavalier bleu.
2. Argentine, Australie, Chili, France, Norvège, Royaume-Uni et Nouvelle-Zélande.
3. Aujourd’hui, 54 États sont membres du Traité.
4. Relatif à la protection de l’environnement et mis en vigueur en 1998.

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