Syndrome prémenstruel : un ennemi intime

Cycles menstruels : Au delà du sang

N° 411 - Publié le 1 septembre 2023
Laurent Guizard
Krystel Nyangoh Timoh est gynécologue au CHU de Rennes.

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Il toucherait entre 20 et 80 % des femmes en âge de procréer, et pourtant on ignore encore tout de lui. Causes ? Gravité ? Traitements ? Les recherches n’en sont qu’à leurs débuts.

Il s’invite timidement sur la scène médiatique depuis quelques années. Le syndrome prémenstruel (SPM) est un défi médical de plus pour la santé des femmes. En effet, il regroupe un ensemble de symptômes physiques et psychiques de nature et d’intensité variées, avec un unique point commun : leur apparition quelques jours ou quelques heures avant les règles.

De l’irritabilité à l’œdème

« Les signes sont très différents d’une personne à l’autre, détaille Krystel Nyangoh Timoh, gynécologue obstétricienne au CHU de Rennes. Cela peut être de l’irritabilité, de l’anxiété, des troubles du sommeil, des difficultés de concentration mais aussi des douleurs physiques, comme des œdèmes aux extrémités, des tensions au niveau des seins, des maux de tête ou encore des congestions pelviennes. » Pour la gynécologue, ces symptômes sont à prendre au sérieux, en particulier quand ils perturbent la vie sociale ou professionnelle, signe qu’il faut consulter.

Cependant leurs causes restent floues. Le lien évident avec le cycle menstruel laisse penser que la variation du taux d’hormones après l’ovulation joue un rôle, mais d’autres facteurs pourraient entrer en jeu comme la génétique, des carences en magnésium ou en calcium, voire un taux de sérotonine1 plus bas que la normale. Nombreuses hypothèses, mais peu de certitudes pour un trouble qui toucherait entre 20 et 80 % des femmes en âge de procréer. Il faut dire que le SPM est encore peu étudié et les professionnels de santé manquent de données pour saisir l’ampleur du phénomène.

Des pistes de traitement

Plusieurs pistes pour améliorer le confort des patientes existent néanmoins. Cela passe par l’hygiène de vie, en privilégiant une bonne hydratation, une alimentation pauvre en sel, sans produits transformés ni excitants (café, alcool) et des activités physiques douces comme le yoga ou la marche. Si cela ne suffit pas, certains médicaments peuvent être prescrits pour atténuer la douleur ou diminuer le mal-être.

« Pour certaines femmes très gênées, on peut proposer une contraception qui supprime les règles », avance Krystel Nyangoh Timoh. Des thérapies comportementales et cognitives peuvent aussi aider les femmes souffrant de fortes conséquences psychiques, comme la dépression. On parle alors de trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). En 2021, la doctorante Charlotte Dumand à l’Université de Rennes a mis en lumière le lien entre troubles de l’humeur2 et TDPM. Une première piste pour mieux comprendre les formes graves de SPM.

Les recherches continuent pour trouver d’autres traitements mais la prudence reste de mise : « L’appât du gain est énorme pour les industries pharmaceutiques, met en garde Krystel Nyangoh Timoh. Aux États-Unis, il existe des médicaments qui promettent de guérir le SPM. Ce n’est pas encore vrai ! » À ce jour, la prise en charge se fait surtout au cas par cas.

SOPHIE PODEVIN

1. Hormone permettant la communication entre les neurones.
2. Comme les troubles bipolaires.

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