Le jeu : pilier du développement
Les pouvoirs du jeu
De l'acquisition du langage aux compétences motrices et sociales, le jeu est une pièce maîtresse du développement de l'enfant.
L’ épervier, les gendarmes et les voleurs, la marelle… Dès les premières années de vie, nous jouons. En solitaire ou en groupe, tout au long de l'enfance le jeu permet de développer des compétences motrices, sociales ou encore émotionnelles.
Première expérience : les jeux d'exploration, dits sensorimoteurs, durant lesquels le bébé découvre son environnement. « Ramper pour manipuler un objet favorise son développement moteur et son autonomie », rapporte Virginie Dardier, enseignante-chercheuse en psychologie du développement à l'Université Rennes 2. Et l’adulte joue un rôle essentiel en le stimulant.
Se détacher de la réalité
Les jeux fictionnels émergent dès l'âge de 15 et 16 mois. Faire semblant de dormir ou de nourrir un doudou sont des manières de se détacher de la réalité. La créativité se déploie alors fortement. Ces jeux se complexifient avec l’âge ; d’abord centrés sur soi, ils concernent rapidement des partenaires. L'enfant expérimente le rôle social que représente l'ensemble des comportements attendus par la société en fonction de son statut. Il joue par exemple le métier de ses parents ou des rôles imaginaires, en devenant super-héros ou magicien. « Dans ces jeux de faire semblant, l'enfant sait distinguer fiction et réalité », complète la psychologue.
Respecter les règles
Vers 2 ans, les jeux de construction engagent un peu plus le corps et demandent une plus grande concentration. « Quand nous manipulons des objets tels que des pièces de bois pour élaborer une tour, nous nous confrontons à leur propriété physique et nous réalisons le monde qui nous entoure », développe Virginie Dardier. À partir de là, les jeux locomoteurs s'imposent de plus en plus dans les cours d'école. Dès 3-4 ans, les jeux deviennent coopératifs : les enfants ont un objectif commun. Pour atteindre ce dernier et assurer la continuité du jeu, il faut partager et respecter les règles. « Plus nous jouons avec l'autre, plus nous apprenons qu’il a des points de vue et des intentions différentes de soi, détaille la spécialiste. En psychologie du développement, c’est le domaine de la théorie de l'esprit. » Le jeu permet à l'enfant d’exprimer ses émotions, de les réguler et de régler des conflits.
Alors faut-il s'inquiéter quand un enfant joue seul ? « Chacun a son propre tempérament, un jeu en solitaire n'est pas prédictif d'un comportement asocial ni de l'adulte que nous deviendrons. En revanche, des difficultés dans la communication précoce, le développement du langage et dans les interactions sociales chez le jeune enfant constituent des signaux d’alerte et doivent susciter la vigilance », répond Virginie Dardier.
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du magazine Sciences Ouest