La GPA, un travail comme un autre ?

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N° 428 - Publié le 28 mars 2025
© SUBBOTINA ANNA / ADOBE STOCK

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Au-delà du processus physiologique, la grossesse peut être analysée au prisme de l’économie. Même si elle n’est pas reconnue ni valorisée comme tel, la gestation peut en effet être considérée comme un travail.

C’est bien connu : s’occuper d’un enfant, c’est du travail. Mais le porter aussi. Au sens propre du terme. D’ailleurs, les femmes font bien plus que « porter » un embryon puis un fœtus pendant les neuf mois de gestation. Le métabolisme change, l’organisme s’adapte et les dépenses énergétiques augmentent. De fait, on pourrait définir la grossesse comme une mise en mouvement délibérée de l’énergie pour agir sur la nature dans le but de produire… un être vivant.

Critères de compétences


Un travail en somme. Pourtant, elle est loin d’être reconnue et valorisée comme tel, « souvent uniquement résumée à une suite de processus physiologiques », analyse Irène Berthonnet. Cette enseignante-chercheuse en économie au Liris1, à Rennes, s’intéresse à la gestation pour autrui (GPA) et présentera une partie de ses travaux le 3 avril, dans le cadre du séminaire Économie et société2 de l’Université Rennes 2. 

Interdite en France, la GPA est notamment légalisée dans certains États des États-Unis, sur lesquels se concentre la chercheuse. « Elle peut être altruiste et dans ce cas la femme porteuse est simplement dédommagée de ses frais, ou commerciale lorsqu’elle perçoit en plus une compensation financière », explique Irène Berthonnet, pour qui la gestation pour autrui est un travail « sur beaucoup de points ». Elle est en effet commandée par quelqu’un, le plus souvent une agence qui joue le rôle d’intermédiaire avec les parents d’intention, et encadrée par des normes, puisque la femme porteuse est choisie selon des critères de compétences3 ou encore de stabilité psychologique et sociale. 

Comme un don


Mais la sélection est aussi économique. « Celles qui reçoivent une aide de l’État ne sont pas éligibles ; elles ne doivent pas être trop pauvres pour pouvoir potentiellement vivre de la GPA, note l’économiste. Aux États-Unis, où le salaire moyen annuel est de 50 000 $ et où dans le cas d’une GPA commerciale les femmes porteuses perçoivent en moyenne 23 000 $ (en plus du dédommagement de leurs frais, Ndlr), elles sont en général issues de la classe moyenne basse. » En analysant les témoignages sur les sites d’agences, la chercheuse a constaté qu’elles sont nombreuses à concevoir la GPA comme une manière d’obtenir une grosse rentrée d’argent à un moment donné, pour payer les études de leurs enfants ou faire des travaux, par exemple.

Depuis les années 1980 et la mise au point de la fécondation in vitro, « la grossesse est devenue un secteur d’activité duquel il est possible de tirer profit », souligne Irène Berthonnet. Pourtant, les femmes porteuses elles-mêmes ne perçoivent pas toujours la gestation comme un travail mais plutôt comme un don, une manière d’aider d’autres à fonder une famille. « La GPA doit s’aligner avec des valeurs morales et surtout pas économiques, pointe la chercheuse, il n’est pas socialement accepté de faire des enfants pour de l’argent. »

Violette Vauloup

1. Laboratoire interdisciplinaire de recherche en innovations sociétales.
2. À travers son intervention « Salaire, prix et profits dans l’industrie de la GPA aux États-Unis ».
3. Il faut par exemple avoir déjà eu un enfant.

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