« L’archéologie en mer d’Iroise, c’est du rodéo ! »
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En Bretagne, les plus anciens barrages de pêcherie datent de la Préhistoire. À plusieurs mètres sous l’eau, les étudier est un défi scientifique.
Ces longs murs de pierre sont parfois visibles à marée basse. Depuis la Préhistoire, les barrages de pêcherie ont été utilisés par les habitants du littoral pour capturer les poissons. « Ils étaient installés là où le courant était le plus fort à marée descendante, explique Iness Bernier, archéologue responsable du projet WAOW (Walls of weirs) au laboratoire LETG1, à Brest, jusqu’en août dernier. Les poissons se trouvaient alors piégés par ces murs qui peuvent atteindre 110 mètres. On les récupérait à leur base ou dans le pertuis : un endroit où l’on enlevait les pierres pour y placer un filet. »
Avec 760 barrages connus, ce sont les vestiges archéologiques submergés les plus importants en Bretagne. Le projet WAOW vise à les étudier, les cartographier et les dater. « Si on les voit à marée basse, ils datent au plus tôt de l’Antiquité, car le niveau de la mer s’est élevé à la fin de la Préhistoire », indique Iness Bernier. Formée à la plongée lors de ses études à Nantes Université, elle se spécialise dans l’archéologie sous-marine. Les plus anciennes pêcheries se trouvent plusieurs mètres sous les plus basses mers. Certaines dateraient de la fin du Mésolithique ou du début du Néolithique.
Une datation par la lumière
Trois sites ont été retenus pour la première année du projet : deux au large du Conquet et un à Quiberon. Les pêcheries sont d’abord cartographiées par le sondeur multifaisceau du bateau de l’Ensta2 Bretagne, La Mélité. « Il scanne l’intégralité de la structure en 3D. Cela permet de cibler notre intervention en plongée, explique Iness Bernier. Pour le site de Quiberon, nous avons utilisé la même méthode avec le drone de surface Otter, un petit catamaran. » En raison des conditions en mer, le sondage3 des vestiges avec l’équipe de plongeurs de l’IUEM4 n’a pu être réalisé que sur l’un des sites finistériens. « L’archéologie sous-marine en mer d’Iroise, c’est du rodéo ! Le courant est rarement en dessous de 2 nœuds (4 km/h). C’est beaucoup quand on est à palmes », raconte-t-elle. L’une des missions est de prélever des pierres pour estimer l’âge de la pêcherie. La datation sera l’objet de la thèse d’Arthur Jumaucourt à Géosciences Rennes, avec une méthode par luminescence stimulée optiquement. Habituelle pour les sédiments, son utilisation est plus novatrice sur les roches. « Elle permet de savoir précisément depuis combien de temps la pierre n’a pas vu la lumière du jour, et donc de dater la construction de la pêcherie », explique le doctorant.
Cette année, d’autres barrages devraient être étudiés sur l’île de Sein et dans les petits fonds de Fouesnant. L’objectif est de comprendre l’installation littorale des anciennes populations. Au large du Conquet, l’exploration des pêcheries s’inscrit dans un ensemble archéologique plus grand. Car l’île de Béniguet, où est mené depuis 2021 un chantier avec les étudiants de l’Université de Bretagne Occidentale, n’est qu’à quelques pas.
1. Littoral, environnement, télédétection, géomatique.
2. École nationale supérieure de techniques avancées.
3. Un sondage archéologique est une exploration partielle, destinée à évaluer le potentiel archéologique d’un site avant d’éventuelles fouilles plus étendues.
4. Institut universitaire européen de la mer.
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