Faut-il arrêter de manger de la viande ?

Quelle alimentation pour demain ?

N° 436 - Publié le 6 mars 2026
© DUSANPETKOVIC / ISTOCK

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Entre préoccupations environnementales et réflexions éthiques, la consommation de viande est questionnée, mais reste élevée en France, révélant un écart entre les convictions et les pratiques.

Son empreinte environnementale n’est plus à démontrer, l’élevage contribue au changement climatique. Selon la FAO1, le secteur était responsable de 12 % des émissions anthropiques de gaz à effet de serre en 2023, principalement du méthane, lié à la fermentation entérique2. Alors, faut-il arrêter la viande pour sauver la planète ? « Il est évident que tous les leviers doivent être actionnés pour réduire le dérèglement climatique, mais il faut aussi prendre en compte les services écosystémiques rendus par de nombreux modèles d’élevage, comme l’entretien des prairies ou le maintien de la fertilité des sols », nuance Jean-François Hocquette, directeur de recherche à l’Inrae3 à Saint- Genès-Champanelle (Puy-de-Dôme).

Société carniste

Et si la question de la consommation de viande a tendance à catalyser des débats épidermiques, les chiffres ne traduisent pas pour autant de réelle baisse de la consommation. En France, en 2024, elle a même augmenté de 2,4 %, fixant la consommation annuelle moyenne à 85 kg équivalent-carcasse4 de viande par personne, selon les dernières données du service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire. « Le végétarisme et le véganisme ne connaissent pas de poussée fulgurante », confirme Émilie Dardenne, responsable du diplôme universitaire Animaux et société à l’Université Rennes 2. En revanche, le flexitarisme, qui consiste à manger moins de chair animale, progresse. Avec ce régime, la viande n’est plus la norme.

Dissonance cognitive

Mais il reste minoritaire. « Nous vivons dans une société carniste, où il est considéré comme normal, naturel et nécessaire de manger de la viande. Or ce que l’on met dans nos assiettes n’est jamais neutre, ce sont des choix collectifs, déterminés par des traditions, des valeurs, des contextes économiques, sanitaires, environnementaux et éthiques, pointe la chercheuse. C’est politiquement déterminé et choisi. » Selon un sondage de la Fondation 30 millions d’amis publié en janvier 2025, 91 % des Français s’opposent aux transports d’animaux vivants et 83 % sont favorables à un abattage sur le lieu d’élevage. « Mais c’est loin d’être suivi dans les faits, on observe un grand fossé entre les valeurs et les pratiques », souligne Émilie Dardenne. Une dissonance cognitive qui s’explique notamment par le fait que nos choix alimentaires soient orientés par notre entourage. Nous avons tendance, en tant qu’êtres humains, à nous conformer à nos pairs. « Des études montrent par ailleurs que la sécurité sanitaire, le prix et la qualité sensorielle sont les trois principaux moteurs de la consommation de n’importe quel aliment, ajoute Jean-François Hocquette. Les préoccupations éthiques et environnementales arrivent ensuite. » Sans doute la limite de l’exercice.

VIOLETTE VAULOUP

1. Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture

2. Processus digestif des ruminants au cours duquel les aliments sont fermentés, ce qui produit du méthane

3. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement

4. Unité de masse employée pour mesurer des quantités industrielles de viandes

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