Le talon d’Achille du nématode
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À l’occasion de la Journée internationale de la santé des végétaux, qui se tiendra le 12 mai, Sciences Ouest s’intéresse aux nématodes, un groupe de vers ronds dont certains représentants parasitent les plantes.
À une demi-heure de Rennes, au centre Inrae1 du Rheu, des plates-bandes d’herbe s’étalent derrière les fenêtres du bureau de Sylvain Fournet. Si l’on sortait y poser les pieds, cela reviendrait à marcher sur « des millions de nématodes », sourit le chercheur de l’unité Igepp2. Au total, la planète compterait 440 milliards de milliards de ces vers ronds, qui constituent 80 % du règne animal.
Cellules détournées
« C’est un monde à part entière, il y en a dans les sols, la glace et les océans. Ce sont souvent des animaux microscopiques mais Placentonema gigantissimum, qui parasite le placenta du cachalot, peut mesurer jusqu’à huit mètres », illustre le scientifique. 27 000 espèces de nématodes sont aujourd’hui décrites. « Cela peut sembler beaucoup mais c’est négligeable au regard des 300 à 500 000 qui existent selon les estimations. Il suffit parfois de creuser pour en découvrir, mais les répertorier prend un temps considérable », poursuit le chercheur.
Derrière cette abondance, se cache une incroyable diversité de modes de vie. Certains nématodes parasitent par exemple des plantes en établissant une relation très fine avec celles-ci. « Globodera pallida ou Heterodera carotae parasitent respectivement la pomme de terre et la carotte en entrant dans la racine de la plante et en détournant le fonctionnement des cellules chargées du transport des nutriments », explique Sylvain Fournet. Au lieu de travailler pour la plante, la cellule se met alors au service du nématode, qui y puise l’énergie pour se développer. Cela la fragilise en cas de stress, en particulier de stress hydrique, et réduit la taille des légumes produits, entraînant un manque à gagner pour les agriculteurs.
Jus de racine de carotte
Ces nématodes pondent des œufs dans des kystes enfouis dans le sol, qui peuvent patienter des années avant d’éclore. « Le cycle de vie est activé par la réception d’un signal chimique émis par les racines de leur plante hôte, indique le spécialiste. Pour les contrer sans utiliser de produits chimiques, nous voulons les tromper en exploitant cette relation très perfectionnée. » Mais comment faire ? Prenons l’exemple de Heterodera carotae, le nématode de la carotte. Les scientifiques ignorent la structure de la molécule qui le fait éclore. En revanche, ils savent qu’elle est émise par les racines de carotte. « Nous avons récupéré de l’eau filtrée dans du sol où poussent des carottes, arrosé une parcelle avec et remarqué que les kystes y avaient éclos », raconte le chercheur. Les travaux se poursuivent aujourd’hui pour développer une solution clé en main pour les agriculteurs. « Nous imaginons une gélule constituée de racines de carotte broyées que l’on disperserait dans le champ et qui se dissoudrait avec la pluie, entraînant les éclosions-suicides de Heterodera carotae. » En utilisant le talon d’Achille de ce nématode, les chercheurs entendent bien… le carotter.
1. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
2. Institut de génétique pour l'environnement et la protection des plantes.
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