Dans quel monde voulons-nous vivre ?

Carte blanche

N° 438 - Publié le 29 avril 2026
Photo d'une personne dans un champ
© CC BY-SA 4.0 - JOSEPH ND.JPG
Portrait de Luc Aquilina
Carte blanche
Luc Aquilina
Professeur en sciences de l’eau à l'Université de Rennes.

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Il y a quelques semaines, je signais avec 35 collègues scientifiques rennais une tribune1 qui défendait la limitation de l’usage des pesticides dans les aires de captage pour l’eau potable. Malgré les évidences de la toxicité pour les écosystèmes et la santé humaine qui s’accumulent, l’usage des pesticides ne peut être régulé.
De la même manière, malgré les appels des scientifiques pour une vision à long terme et un meilleur partage, les usages de l’eau restent prioritairement dédiés à l’agriculture intensive et à l’industrie. Ces modalités, agricoles ou industrielles, de production intensive et tournées vers l’exportation ont des impacts tant environnementaux que sociaux. Une partie des agriculteurs est écrasée, en France et ailleurs, par ce modèle. Plus globalement, la moitié de l’Humanité la plus pauvre est frappée par des catastrophes environnementales dont elle n’est pas responsable et dont elle n’a pas les moyens de se protéger.

Quelle est la responsabilité des plus riches ?


Que gagne-t-on à ce monde de souffrance ? Il a permis, dans la période redistributrice de l’après-guerre, le développement de la sécurité alimentaire, la protection sociale, l’éducation, la culture et la démocratie pour deux tiers de l’Humanité environ. Sans exonérer la part de responsabilité de ceux qui ne font pas partie des quelques pour cent les plus riches, il profite avant tout à une petite frange de l’Humanité qui a une responsabilité majoritaire dans la production de gaz à effet de serre et l’exploitation effrénée des ressources.

L’écologie est présentée et ressentie actuellement comme une source de limites, de privations, de frustrations. Comme la perte de ce qui fonde nos sociétés actuelles. Certes, une planète finie ne peut offrir des ressources illimitées et les solutions techniques n’ont jusqu’à présent produit qu’une augmentation continue des besoins. Il nous faut donc revenir à une consommation contenue, mais qu’est-ce que cela signifie ?

Parmi d’autres, les travaux de Julia Steinberger2 ont exploré le niveau de vie moyen de 10 milliards d’humains dans un monde durable énergétiquement. Il n’est pas éloigné de celui de la moyenne des Français : une petite maison chauffée, 2 000 kcal par personne et par jour, des moyens de cuisson et de réfrigération, de l’eau, des vêtements, des trajets de 5 000 à 15 000 km/an, un téléphone par personne et un ordinateur pour le foyer… Ce que nous devons faire, c’est donc avant tout rétablir un équilibre entre ceux qui possèdent un niveau de biens XXL et ceux qui ne possèdent à peu près rien, à l’échelle nationale comme internationale.

Redécouvrir les liens au vivant


Un voyage exotique annuel, une voiture luxueuse et surpuissante, une connexion permanente sont-ils indispensables à nos vies ? Selon des études, ils ne nous apportent pas un surplus de bien-être. Le bonheur n’est-il pas ailleurs ? Dans nos travaux scientifiques sur l’eau, nous analysons l’impasse dans laquelle nous conduisent nos sociétés consuméristes. Nous redécouvrons nos liens aux milieux, au vivant. Que sera notre vie si la guerre, les maladies liées à l’environnement, l’insécurité alimentaire nous privent de nos liens à notre sol, nos jardins, à notre famille, nos amis, notre vie sociale et culturelle ? 
Nos sociétés actuelles sont fondées sur des déséquilibres environnementaux et sociaux qui frappent les plus pauvres et nous menacent à terme. Les mouvements qui questionnent les inégalités d’accès aux droits humains et aux ressources environnementales comme l’eau nous posent la question : dans quel monde voulons-nous vivre ? 

1. Des scientifiques rennais s’alarment du blocage du SAGE Vilaine - https://blogs.mediapart.fr/luc-aquilina/blog/120326/des-scientifiques-rennais-salarment-du-blocage-du-sage-vilaine
2. Chercheuse en économie écologique.

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