Une médiation nécessaire aux transitions

Urbex, exploration de l'abandon

N° 427 - Publié le 3 mars 2025
© PIERRE-FRANÇOIS WATRAS / OCEANOPOLIS
Le programme de sciences participatives Objectif Plancton, dédié à l'étude du plancton côtier en rades de Brest et Lorient ainsi qu’en baie de Concarneau, réunit scientifiques, plaisanciers, médiateurs scientifiques et grand public.
Il est au cœur de l’actualité en tant qu’événement labellisé « La Mer en commun » dans le cadre de l’Année de la mer.

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L’implication des citoyens pour répondre aux défis posés par les crises climatique et écologique semble primordiale. Mais doit-elle aussi passer par une participation à la recherche scientifique ?

De la collecte de données à la co-construction de projets de recherche, la participation des citoyens à la science peut prendre des formes très diverses. Et Lucie Cocquempot, coordinatrice de réseaux d'observation océanographique à l'Ifremer, à Plouzané, observe que la demande vient souvent de la société : « Des particuliers ou des organisations, comme la Marine nationale, nous demandent régulièrement ce qu’ils peuvent faire pour nous aider ». Les volontaires sont souvent redirigés vers des programmes préexistants, tels que Fish and Click qui vise à recenser les plastiques de matériel de pêche trouvés en mer et sur le littoral, ou Phenomer qui invite à signaler des phénomènes inhabituels dans l’apparence de l’eau de mer potentiellement liés aux microalgues.

Lien entre les acteurs


Mais il arrive que des collaborations entre scientifiques et société civile se construisent sur mesure, à l’instar d’un partenariat entre l’Ifremer et des skippers du Vendée Globe qui s’engagent à larguer des flotteurs Argo1, collecter des échantillons ou transporter des capteurs dans des zones difficiles d’accès pour les chercheurs.
« On considère beaucoup le degré d’engagement des citoyens dans les sciences participatives, mais celui des chercheurs compte énormément », souligne Baptiste Bedessem, chercheur en sociologie des sciences au Lisis2, à Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), pour qui certaines formes de collaboration invitent à repenser le lien entre connaissance et action. « On n’a pas toujours besoin de sciences, les solutions pour les démarches de transition sont parfois déjà détenues par des acteurs locaux, comme des associations ou des agriculteurs, qui ont mis en place des initiatives qui fonctionnent. » En greffant un chercheur à ces acteurs, il est possible, soit de généraliser une expertise locale, soit d’améliorer la situation à l’échelle du territoire. « Il joue alors un rôle de facilitateur, fait du lien entre les acteurs et prend du temps pour améliorer l’initiative », poursuit Baptiste Bedessem.

Ambassadeurs


Mais surtout, « les sciences participatives sont une forme de médiation, elles aident à sensibiliser et nous permettent de créer de bons ambassadeurs pour toucher des audiences plus larges », remarque Lucie Cocquempot. Chez les participants aux projets, « cela amène une forme d’expertise qui les rend légitimes à interagir avec des décideurs, souligne Bastien Castagneyrol, écologue à l’Inrae3 à Bordeaux. Et rien qu’inciter les gens à s’intéresser au vivant est extrêmement bénéfique ; ce n’est pas tant la donnée produite qui est nécessaire que la transformation de l’attitude des publics. On ne peut pas dire qu’on va changer le monde avec les sciences participatives, il faut déjà prendre conscience qu’il y a des choses à sauver et un intérêt à le faire ».

Violette Vauloup

1. Instruments sous-marins autonomes qui mesurent la pression, la température et la salinité de l'eau de mer.
2. Laboratoire interdisciplinaire sciences innovations sociétés.
3. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

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