Climat : les haies jouent un rôle
Climat : de l'air, vite !
Le projet Carbocage montre que du carbone reste prisonnier sous les haies. Surtout les plus anciennes.
Les haies ne sont pas seulement le refuge des papillons et des renards. Elles augmentent le stockage du carbone dans le sol. Le projet Carbocage(1), qui réunit l’Inra et des chambres d’agriculture de Bretagne et des Pays de la Loire, le montre. « Une haie stocke le carbone dans deux compartiments, explique Valérie Viaud, agronome à l’Inra de Rennes et responsable scientifique d’un volet du projet. D’une part dans la biomasse des arbres, c’est-à-dire le bois, les feuilles et les racines, d’autre part dans le sol lui-même. » À la différence du sol, le stockage dans les arbres n’est pas forcément durable, si leur bois est utilisé pour le chauffage.
115000 km de haies en Bretagne
Sous la haie, le sol stocke en moyenne plus de carbone que sous une prairie ou un champ cultivé. « Lorsque les feuilles se dégradent, le carbone qui y est contenu est consommé par les microorganismes du sol. » Même si ces organismes rejettent un peu de CO2, le stock de carbone dans le sol augmente. En Bretagne, le bocage est dense : 115000 km de haies y sont implantés. Une ressource précieuse, quand on sait qu’une haie de 100 m peut stocker 0,5 à 3 tonnes d’équivalent CO2 par an !
« Mais le stockage varie d’une haie à l’autre, poursuit la chercheuse. Nous avons du mal à quantifier ce qui contrôle cette diversité. » Le projet Carbocage apporte ici des réponses.
L’équipe a étudié quinze sites, notamment dans le Pays du Roi Morvan (Morbihan). Ils ont été choisis pour leurs différences, en termes de climat, de végétation et d’occupation du sol. L’âge de la haie a aussi été pris en compte. Sur le terrain, les scientifiques ont estimé la quantité de carbone stocké dans la végétation aérienne et dans le sol.
Agriculteurs engagés
Premier résultat, c’est sous la haie qu’il y en a le plus. Second résultat : une haie de 15 ans stocke du carbone sur un mètre de large, tandis qu’une haie plus ancienne (plus de 60 ans) peut en contenir jusqu’à 3 m.
« Le système racinaire est plus développé et permet d’apporter davantage de carbone. Cela montre l’intérêt de préserver et laisser vivre les bocages. » Ces résultats vont permettre la mise en place d’un marché local du carbone. L’idée est de valoriser la gestion des haies par les agriculteurs engagés. Ils seront rétribués par des entreprises locales investies dans une démarche de compensation carbone.
(1) Piloté par les Chambres régionales d’agriculture des Pays de la Loire et de Bretagne, ce projet est financé par l’Ademe. D’une durée de trois ans, il se termine cette année.
Valérie Viaud, tél. 02 23 48 51 42, valerie.viaud@inra.fr
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