Pour une ville vraiment “smart”

Imaginez demain : une semaine de rencontres à Brest

N° 378 - Publié le 23 janvier 2020
Benjamin Deroche
Comment les villes (ici, Brest) imaginent leurs services numériques innovants pour les transports et l'environnement ? Cette question sera abordée le 5 février à l'UBO.

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Le numérique peut rendre la ville “intelligente”. À condition que les innovateurs échangent avec les chercheurs en sciences humaines et sociales.

On a envie de croire à la ville intelligente. Cette “smart city” où le numérique facilite la vie, où l’éclairage modulé permet d’économiser beaucoup d’énergie, où des services connectés régulent les flux, où une place de parking est localisée sur le smartphone. Des entreprises innovent dans ce domaine en Bretagne1. Et cette révolution ne fait que commencer ! « Excepté pour les transports en commun, par exemple pour signaler le retard d'un bus, les outils de la ville intelligente sont encore très balbutiants par rapport à ce qui nous attend », explique Lionel Prigent, chercheur en urbanisme et professeur à l'Institut de géoarchitecture à l'UBO.

Les chercheurs en sciences humaines et sociales, sociologues, urbanistes et juristes, étudient les effets de ces innovations. Ayant un recul historique sur la “fabrication” des villes, ces chercheurs ne sont pas forcément optimistes devant les services innovants du moment. Ceux-ci ne seront pas toujours gratuits et faciles d'accès... « La transformation des usages peut aboutir à ce que des individus soient laissés à eux-mêmes, poursuit Lionel Prigent. Certaines innovations nécessitent de demander aux citadins de faire le travail organisé actuellement par les services publics. »

Le lieu de l’anonymat

L’utilisation des données, collectées grâce à des capteurs en ville et aux objets communicants de chacun, interroge les chercheurs. « Historiquement, la ville est le lieu de l’anonymat, de la capacité à innover, à faire des choix sans avoir à les justifier. Or ces systèmes peuvent nous repérer de façon systématique. »
Les citadins pourraient être “profilés”. Comme lorsque l’algorithme d’un moteur de recherche suggère toujours le même type de contenu à l’internaute, en se basant sur ses préférences. « Le risque est celui d'une société moins ouverte au dialogue, où il n'y a plus de rencontres imprévues et gratuites. Nous resterions toujours avec les personnes de notre communauté de pensée ! Il est illusoire de croire que la technique peut fabriquer du lien social. L’inverse peut se produire. » Autre illusion, gouverner une ville en régulant les flux du trafic ou de l'éclairage, en se basant seulement sur les données des capteurs…

Garantir les libertés

Les chercheurs brestois ne rejettent pas pour autant les innovations. « L'enjeu est de savoir si elles présentent plus d'avantages que d'inconvénients. C’est une question d’équilibre. Et de libertés individuelles à garantir. » Lors de la Semaine de la recherche, la matinée du mercredi 5 février sera consacrée à cette ville de demain. La discussion se veut ouverte avec d’une part des urbanistes et des sociologues, d’autre part des entrepreneurs innovants. Afin d'imaginer ensemble des services pour le transport, l'environnement, l'urbanisation et l'habitat… qui rendent la ville vraiment agréable.

Nicolas Guillas

1. Lire “La ville branchée se dessine”, Sciences Ouest n°335, oct. 2015.

Lionel Prigent
02 98 01 61 24
lionel.prigent@univ-brest.fr

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