C'est la guerre dans les fraisiers
L'après-pesticides
Les fraisiers sont attaqués par les pucerons. Afin de limiter les dégâts, une chercheuse rennaise a étudié l’écologie de ces ravageurs et de leurs ennemis, les parasitoïdes.
Pour se débarrasser des ravageurs de cultures, une solution respectueuse de l’environnement existe : lâcher en masse des organismes vivants qui leur sont nuisibles. C’est ce qu’on appelle la lutte biologique inondative. Contre le puceron, le parasitoïde est intéressant. Cet insecte pond dans l’animal. Sa larve le dévore de l’intérieur pour se développer. Le puceron meurt et se transforme en momie1. Mais cette technique est peu efficace dans les cultures de fraisiers. Estelle Postic, biologiste à l’Igepp2, veut comprendre pourquoi. « Les producteurs sont en attente de solutions, nous devons explorer de nouvelles pistes. »
La chercheuse explique que « les pucerons ponctionnent la sève pour se nourrir. Au printemps, ils prolifèrent et affaiblissent les fraisiers. » Ces ravageurs vont encore plus loin, car ils produisent une substance sucrée, le miellat, qui favorise le développement de champignons. Le plant noircit et la photosynthèse est ralentie. Sous serre, les conditions sont optimales. « C’est un paradis pour les pucerons ! »
Treize espèces de pucerons
Pour combattre ce fléau, mieux vaut savoir à qui on a affaire. « Nous avons identifié les pucerons qui attaquent les fraisiers et étudié leur répartition spatio-temporelle. » Pendant deux ans, au printemps et en été, la chercheuse s’est rendue dans 175 serres de fraisiers, notamment à Plougastel, pour échantillonner des pucerons et les élever au laboratoire. Ce premier recensement à l’échelle de la France révèle que ces cultures sont colonisées par treize espèces de pucerons ! « Nous nous attendions à des spécificités locales, mais les espèces sont partout. » Dans une même culture, il peut y avoir jusqu’à sept espèces, voire trois sur une même feuille ! Cette diversité complique les choses…
Les parasitoïdes vendus aux producteurs (dont l’espèce Aphidius ervi) pourraient être moins efficaces sur certaines espèces. Pour le vérifier, Estelle Postic a comparé leur ADN à celui de parasitoïdes sauvages présents dans les cultures (fraisiers, légumineuses et céréales). Résultat : les populations commercialisées présentent une diversité génétique3 plus faible.
Une arme secrète
Par ailleurs, certaines espèces de pucerons auraient une arme secrète pour survivre aux parasitoïdes. « Elles peuvent être porteuses de bactéries symbiotiques4 qui leur confèrent plusieurs avantages5. » Dans son étude, la chercheuse montre que certains pucerons dotés de la bactérie Hamiltonella defensa sont totalement protégés des parasitoïdes du commerce. En raison de leur diversité génétique très réduite, ceux-ci ne seraient pas adaptés pour résister à la bactérie.
Cette première réponse met en lumière les défis à relever pour protéger les fraisiers. Prochaine étape pour les chercheurs : analyser l’effet de l’environnement et des pratiques agricoles sur la présence de ravageurs et de leurs ennemis naturels. Un travail bien mérité pour notre fruit rouge adoré!
1. Le puceron se dessèche et ne laisse que sa carapace (cuticule).
2. Institut de génétique, environnement et protection des plantes (Institut Agro, Inrae, Université de Rennes 1).
Sa thèse associe l’agronomie et l’écologie. Soutenue en juillet, elle a été financée par l’Association nationale des organisations de producteurs. La doctorante l’avait présentée au concours “ Ma thèse en 180 secondes ” en 2019.
3. Variabilité des gènes au sein d'une même espèce.
4. Qui vivent en symbiose avec un autre organisme.
5. Par exemple, pour surmonter les variations de températures ou se défendre contre des pathogènes.
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du magazine Sciences Ouest