L'histoire bretonne de la trépanation

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N° 390 - Publié le 2 juillet 2021
CC BY-SA 3.0 / RAMA
Crâne de femme trépanée au silex (3500 av. J-C) retrouvé à Corseaux-en-Seyton en Suisse et exposé au Musée cantonal d'archéologie et d'histoire de Lausanne.

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Manon Auffret, chercheuse en neurosciences à Rennes, retrace l’histoire de la trépanation. Jusqu’à la presqu’île de Crozon, aux confins du Finistère.

Finistère, 1843. Le chevalier de Fréminville, capitaine des frégates du roi, part avec son équipe mener des fouilles archéologiques sur la presqu’île de Crozon. Le site regorge de surprises, dont un crâne daté du néolithique, percé d’un trou. Une relique qui a attisé la curiosité de Manon Auffret1 : « Je m’y suis intéressée car de nombreux crânes trépanés, autrement dit percés d’un ou plusieurs orifices, ont été trouvés en France, notamment en Bretagne. Et c’est un sujet à la croisée de plusieurs disciplines, ce qui est le creuset pour les plus belles découvertes ! » La neuroscientifique fouille les bases de données numérisées de livres anciens. « Quand le chevalier de Fréminville retrouve le crâne de Crozon, il soupçonne une ouverture due au trépan, un instrument moderne de chirurgie », raconte-t-elle. Intrigué, Fréminville confie le crâne à son collègue brestois, premier médecin en chef de la Marine. Celui-ci est catégorique : l’ouverture est due à une maladie des os.

Engouement scientifique

L’histoire aurait pu s’arrêter là sans Armand Corre, un médecin breton. Il retrouve le vestige quarante ans plus tard au musée de l’École de médecine de Brest. Pour lui, non seulement ce trou a été percé volontairement mais le trépané y a survécu car le crâne a cicatrisé ! Son diagnostic est confirmé par l’archéologue Paul du Châtellier.
« À l’époque, sans anesthésie, sans asepsie, c’était assez impressionnant », commente Manon Auffret. Une trouvaille qui contribue à l’engouement scientifique du moment pour la trépanation. « On a découvert cette pratique en 1867 grâce à l’analyse d’un crâne trépané originaire du Pérou2 par l’éminent neurologue français Paul Broca. Cela a mené à un congrès international sur le sujet en 1876, à Budapest. »
Silex à la Préhistoire, tumi chez les Incas, burin au Moyen Âge... Les outils varient selon les périodes et civilisations. « La technique était efficace et perfectionnée puisqu’elle s’est perpétuée », explique la chercheuse. Les raisons de cet intérêt pour le fonctionnement du cerveau restent obscures. « L’objectif pouvait être purement chirurgical, à la suite de traumatismes crâniens, de pathologies médicales ou psychiatriques. On imagine aussi des rites pour libérer des esprits. » Les crânes d’animaux trépanés retrouvés depuis les années 1900 alimentent encore plus le mystère.

Seconde Guerre mondiale

Nommée pour un mandat de 2 ans dans un comité international sur l’histoire des neurosciences, Manon Auffret continue son enquête. « Je n’ai pas retrouvé le crâne trépané de Crozon. Il a sans doute été détruit quand Brest a été bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale... » Au-delà de la trépanation, c’est aussi l’histoire de la recherche scientifique que le vestige illustre.

MANON DIXNEUF

1. Pharmacienne et post-doctorante à l’EA 4712 “Comportement et noyaux gris centraux” de l’Université de Rennes 1. En parallèle de ses recherches sur la maladie de Parkinson, elle s’intéresse à l’histoire des neurosciences. Son travail a été présenté au congrès de l’American Academy of Neurology, à Philadelphie en 2019.
2. Crâne découvert par l’archéologue américain Ephraim George Squier.

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